De Yellowjackets à L’Effondrement, 6 visions de la survie dans les séries

Posté par Alexis Lebrun le 14 avril 2022
Nous n’avons pas attendu les événements dramatiques des deux dernières années pour être fascinés par la fin du monde. Et depuis que nous sommes entrés dans le nouvel âge d’or des séries, le « survival » a toujours occupé une place de choix dans la liste des shows les plus populaires. À l’occasion du carton mérité de Yellowjackets, la meilleure série de survie du moment, retour sur plusieurs exemples marquants d’un genre qui permet d’innombrables variations, et qui refuse surtout de mourir.
Yellowjackets (CANAL+)

Cette adaptation très libre du roman Sa Majesté des mouches (William Golding, 1954) pose une question essentielle de tout récit de survie, celle de la nourriture. Mais plus généralement, Yellowjackets nous montre jusqu’où ses personnages sont prêts à aller pour sauver leur peau après le crash de leur avion dans une forêt coupée du monde. Et la réponse est aussi fascinante que répugnante, puisque la série s’aventure sur le terrain du cannibalisme. Un tabou absolu auquel sont confrontées les joueuses de l’équipe de foot qui se trouvaient à bord de l’avion quand l’hiver arrive. Mais ce qui rend Yellowjackets si passionnante, c’est surtout la façon dont elle traite ses héroïnes, en interrogeant les idées reçues sur la violence dont les femmes seraient naturellement capables ou pas par rapport à leurs collègues masculins.

Et au-delà de cette rare histoire de survie au féminin, la série explore avec une rare justesse les affres de l’adolescence et le poids des traumatismes, en se divisant en deux temporalités différentes : la période de survie (1996) et l’époque actuelle avec les survivantes (2021). Le tout en mélangeant une tripotée de genres avec une dose de mystère et de surnaturel qui devrait nous occuper pendant plusieurs saisons, et qui a suscité les théories les plus dingues de la part des fans sur Reddit au moment de la diffusion. Bref, Yellowjackets est bien plus qu’une série de survie, et tout cela lui fait quelques points communs avec un illustre ancêtre.

Yellowjackets épisodes 1 à 10, disponibles sur CANAL+.

Lost (Disney+)

Ce prédécesseur, c’est bien sûr Lost, tout simplement l’une des séries les plus importantes de l’histoire de la télévision. Quand le monde assiste en 2004 au crash du vol Oceanic 815 sur une île déserte dans un épisode pilote titanesque à quatorze millions de dollars, il devient immédiatement accro à ce qui s’annonce comme une grande série chorale d'apprentissage de la survie dans une jungle hostile. Oui mais voilà, Lost dépasse très vite cette étiquette réductrice pour lorgner très fortement vers la science-fiction et le surnaturel. Le scénario multiplie les mystères et les questionnements métaphysiques, sans jamais oublier un fondement essentiel : une extraordinaire galerie de personnages cabossés par la vie, et dont on découvre progressivement le passé par des flashbacks.

Pendant les six années de sa diffusion, Lost a été bien plus qu’une série qui retourne le cerveau de hordes de fans rassemblées sur des forums pour imaginer des théories et tenter de percer ses secrets. On parle là d’un véritable phénomène de société capable d’obliger Barack Obama à repousser la diffusion d’un discours important. Flashbacks, flashforwards, flash sideways, cliffhangers qui donnent envie de se taper la tête contre le mur, intrigue d’une complexité folle qui brasse des thèmes antédiluviens (la foi, la raison, la rédemption, le destin, le libre arbitre), une mythologie dantesque et des dizaines de personnages : Lost a repoussé les limites du format sériel pendant six saisons, avant de s’achever en 2010 avec une conclusion controversée mais grandiose. Et c'est un chef-d’œuvre qui nécessite d’être visionné plusieurs fois pour en saisir toute la richesse.

Lost saisons 1 à 6 sur Disney+, disponible avec CANAL+.

The Walking Dead (OCS et Netflix)

Juste après le fin de Lost, un autre phénomène prend le relai à la fin de l’année 2010. Un phénomène d’une longévité incroyable, puisqu’il dure encore aujourd’hui. Bien sûr, après onze saisons, les zombies de The Walking Dead ne sont plus aussi rafraîchissants qu’à leurs débuts, et la onzième saison en cours est d’ailleurs la dernière. Mais il faut revoir l’épisode pilote de la série pour se remémorer le choc que fut la découverte de cette vision post-apocalyptique d’Atlanta, dévastée et envahie de zombies assoiffés de chair humaine. À travers les yeux du flic Rick Grimes (inoubliable Andrew Lincoln) tout juste sorti du coma, on apprenait les codes de la survie en cas d’épidémie zombiesque, accompagnés de personnages auxquels il vaut mieux ne pas trop s’attacher.

Car The Walking Dead n'a jamais cessé de nous rappeler que les morts-vivants ne sont pas les seuls ennemis en cas d’apocalypse : pour sauver sa peau, il faut également survivre aux survivants. Série gore réalisée avec les moyens d’une grosse production ciné, cette adaptation de la BD éponyme a marqué un tournant voire la renaissance d’un genre, en allant bien au-delà des clichés et du second degré de la série B. The Walking Dead nous a ainsi fait pleurer plus d’une fois et a aussi réussi à nous émouvoir sur le sort de ses zombies, en faisant le choix de la lenteur et même du silence, deux qualités rares chez la concurrence.

The Walking Dead saisons 1 à 10 sur Netflix et saison 11 sur OCS, disponibles avec CANAL+.

La Guerre des Mondes (CANAL+)

Quand il ne faut pas survivre à des zombies, le danger extérieur vient souvent des extraterrestres. H. G. Wells nous l’a bien appris avec son roman publié en 1898, dans lequel notre jolie planète est envahie par des aliens hostiles. Cette histoire a bien sûr été adaptée un nombre incalculable de fois, mais il est aujourd’hui surtout difficile de passer après la référence ultime, le film éponyme titanesque sorti par Steven Spielberg en 2005. Heureusement, la série créée par Howard Overman pour CANAL+ en 2019 opte pour une approche intimiste, à rebours du grand spectacle du film.

Cette adaptation n’en est que plus glaçante, car elle nous apparaît beaucoup plus réaliste : on suit plusieurs rescapés qui tentent de survivre après l’attaque extraterrestre, et plusieurs d’entre eux sont français, ce qui nous fait assister à des scènes de désolation dans des décors très familiers. Comme toutes les autres séries de survie citées précédemment, cette version de La Guerre des Mondes s’appuie d’abord sur d’excellents personnages parfaitement interprétés (Léa Drucker, Gabriel Byrne, Elizabeth McGovern...) avec de surcroît une révélation qui occupe un rôle central, relié aux aliens. C’est en effet dans la peau de la jeune fille aveugle Emily que l’on a découvert la renversante actrice britannique Daisy Edgar-Jones, révélée ensuite au monde entier grâce à la superbe série Normal People (STARZPLAY). La troisième saison de La Guerre des Mondes devrait arriver cette année sur CANAL+.

La Guerre des Mondes saisons 1 et 2, disponibles sur CANAL+.

Snowpiercer (Netflix)

S’il est difficile de succéder à Steven Spielberg pour adapter le classique signé H. G. Wells, que dire de cette série qui a la lourde tâche de faire suite au film de Bong Joon-ho, qui proposait en 2013 une vision hallucinante de la BD française de science-fiction post-apocalyptique, publiée par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette en 1984. Snowpiercer repose sur une idée géniale, celle d’un train futuriste lancé à grande vitesse dans une rotation perpétuelle autour de notre planète, devenue inhabitable en raison d’une glaciation dont nous sommes responsables. Les seuls survivants de notre espèce vivent donc enfermés à bord de ce train et de ces 1001 wagons, organisés selon la stratification sociale.

Les plus pauvres vivent entassés dans la saleté des wagons situés en queue, et plus on progresse dans le train et dans la pyramide sociale, plus les conditions de vie sont confortables. Une situation d’injustice absolue qui ne peut pas durer éternellement, et qui incite les classes dominantes à réprimer cruellement les tentatives de révolte. Contrairement au film du réalisateur sud-coréen, la série se concentre d’abord sur une enquête policière avant de s’attaquer à la dimension sociale du récit. Mais comme cette adaptation en série s’étale sur plusieurs saisons (trois sont déjà disponibles, une quatrième est prévue), elle a aussi le temps d’étaler au maximum le récit de la survie de ses personnages déshérités menés par Daveed Diggs, face à une Jennifer Connelly habitée.

Snowpiercer saisons 1 à 3 sur Netflix, disponible avec CANAL+.

L’Effondrement (CANAL+)

En France aussi, on trouve une grande série politique sur le thème de la survie face à la fin de la civilisation. Entièrement conçue par le collectif engagé Les Parasites, L’Effondrement fut l’une des claques de la fin d’année 2019, et cette Création Décalée CANAL+ ne cesse de nous hanter depuis le début de la crise sanitaire il y a deux ans. Dans chacun des huit épisodes, on suit en effet de nouveaux personnages qui tentent de survivre à une société en train de s’effondrer, pour une raison qui reste relativement inconnue.

Mais les scènes auxquelles on assiste sont terriblement réalistes : le premier épisode montre les effets des pénuries sur un supermarché, tandis que le deuxième montre une station-service où quelques litres d’essence s’échangent désormais contre de la nourriture. En dépeignant un avenir violent et pessimiste, les créateurs de la série sonnent clairement l’alerte sur le péril climatique et misent sur l’effroi suscité par le visionnage de ces scènes de chaos irrespirables, car chaque épisode est filmé comme un unique plan-séquence d’une vingtaine de minutes. On espère juste que L’Effondrement ne préfigure pas de trop près ce qui nous attend.

L'Effondrement épisodes 1 à 8, disponibles sur CANAL+.