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L’imposture, un thriller basé sur une histoire vraie invraisemblable

Posté par Alexis Lebrun le 20 octobre 2021
Cette mini-série britannique revient en quatre épisodes sur un des passages les moins glorieux de l’histoire récente de la police de Londres. Porté par la performance impressionnante de l’étoile montante Niamh Algar, L’imposture est un polar très soigné qui porte un regard féministe subtil sur une affaire sordide.
Appât sexuel

Si vous faites partie des personnes nostalgiques des années 1990, la mission d’infiltration que raconte L’imposture vous donne une excellente raison d’arrêter de l’être. L’intrigue de la série est tirée d’une histoire vraie qui a mis tout le Royaume-Uni en émoi en 1992 : le meurtre à l’arme blanche puis l’agression sexuelle d’une jeune femme de 23 ans (Rachel Nickell) en plein jour dans le parc de Wimbledon Common à Londres, le tout en présence de son fils de deux ans, retrouvé accroché au corps de sa mère. Sentant la pression et la peur de l’opinion publique face à l’absence d’arrestation, la Metropolitan Police a une idée à peine croyable aujourd’hui : demander à une flic spécialisée dans l’infiltration (Sadie Byrne) de servir d’appât sexuel pour tenter de coincer celui qui est alors le suspect numéro un, mais contre qui la police ne détient aucune preuve sérieuse.

Plus étonnant encore, ce suspect a été mis en évidence par l’intervention de plusieurs profilers, et c’est l’un d’entre eux qui conduit les opérations, mettant au point la stratégie qui consiste pour Sadie à se rapprocher progressivement de cet individu (Colin Stagg), qui se distingue par ses fantasmes sexuels déviants et violents à l’égard des femmes. Autrement dit, si la relation entre Sadie et Colin commence par de bonnes vieilles lettres manuscrites, la première doit vite passer à la vitesse supérieure pour gagner la confiance du deuxième, ce qui l’oblige à mettre sa vie et sa santé mentale en danger. Mais nous sommes en 1992, et Sadie est victime d’un système misogyne où elle doit prendre tous les risques pour faire ses preuves, trop habituée à voir ses collègues masculins rester bien au chaud et récolter les lauriers à sa place. On ne vous dit rien de la fin de l’histoire, mais on termine le visionnage des quatre épisodes avec une certaine nausée.

L’éclosion de Niamh Algar

Retenez bien le nom de l’interprète principale de L’imposture. Après des apparitions dans les séries britanniques The Bisexual (CANAL+), MotherFatherSon (STARZPLAY) et The Virtues (Arte), Niamh Algar a surtout fait parler d’elle l’an dernier pour son rôle dans la très bonne série de science-fiction produite par Ridley Scott, Raised by Wolves (Warner TV). Cette année, on a aussi pu retrouver son visage et son accent irlandais à couper au couteau dans l’excellent thriller Calm with Horses (Nick Rowland) sur OCS, film pour lequel elle a été nommée au BAFTA de la meilleure actrice dans un second rôle. Et si l’acteur Eddie Marsan est le nom le plus connu du casting de L’imposture, sa prestation extrêmement flippante en profiler tout en préciosité ne peut pas occulter le brio du jeu d’actrice de Niamh Algar, qui apporte une subtilité réellement impressionnante à son personnage sans cesse tiraillé entre des obligations contradictoires.

Cette complexité est aussi rendue possible par l’écriture de la créatrice de la série (Emilia di Girolamo), précédemment scénariste sur Londres, police judiciaire et surtout showrunner pour la saison 3 de la série policière Tunnel (CANAL+). C’est à elle que l’on doit cette vision sans concession d’une affaire où l’entêtement incompréhensible d’une poignée d’hommes pour une piste douteuse a conduit à un drame pour plusieurs femmes. Et c’est au réalisateur Niall MacCormick que l’on doit la réalisation très soignée de ces quatre épisodes oppressants, où les années 1990 sont tout sauf une gentille toile de fond vintage.

L'imposture épisodes 1 à 4 sur POLAR+, disponible avec CANAL+.