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Depuis deux saisons, la série Pose fait la révolution LGBTQ+

Posté par Delphine Rivet le 30 avril 2021
Créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Steven Canals, Pose a changé à jamais le petit écran et la pop culture, en donnant une voix à celles et ceux que l’on passait jusqu’ici sous silence. La série, par son portrait aussi touchant qu’inédit des communautés trans afro-américaine et latinx, a engagé une véritable révolution.
Visibles et fières

Avant même son lancement sur la chaîne FX aux États-Unis le 3 juin 2018, il flottait déjà dans l’air comme un parfum de radicalité et d’audace quand les premières annonces du casting sont tombées. MJ Rodriguez, Indya Moore, Dominique Jackson, Hailie Sahar et Angelica Ross, jusqu’ici inconnues du grand public, allaient devenir de véritables symboles. Cinq femmes transgenres dans des rôles principaux, c’était du jamais vu ! Autour d’elles, pour les personnages secondaires ou la figuration, de véritables artistes et performers de la scène ballroom viennent gonfler les rangs de cette production hors norme. Et ce record ne se limite pas aux têtes d’affiches puisque derrière la caméra, la scénariste, réalisatrice et activiste Janet Mock et la pianiste classique Our Lady J, deux femmes trans, sont également à la production et participent à l’écriture. Une gageure d’authenticité quand on veut parler des vies et des expériences spécifiques à une communauté dont le grand public ignore tout.

Pour la première fois, le quotidien de ces personnes, encore aujourd’hui marginalisées et discriminées, était représenté de façon réaliste à l’écran. Loin du misérabilisme habituel, Pose est pleine d’espoir en dépit des épreuves que traversent ses héroïnes et héros. Car jusqu’ici, les personnes trans, en particulier les femmes de couleur, étaient reléguées dans les fictions à des rôles très stéréotypés de travailleuses du sexe et/ou de junkies. Cette population, particulièrement fragile car plus susceptible d’être victime de violences, avait désespérément besoin d’une meilleure représentation à l’écran et de modèles positifs auxquels s’identifier. Quelques semaines à peine avant la diffusion du premier épisode, Ryan Murphy a annoncé qu’il ferait don de la totalité de ses revenus perçus grâce à la série à diverses associations venant en aide aux personnes LGBTQ+, et en particulier à la communauté trans. 

Une célébration de la culture ballroom

Le cœur palpitant de Pose, ce sont ses bals où les paillettes coulent à flots et où l’extravagance est reine. La série est, à sa façon, un bien bel hommage à la scène ballroom des années 80, une contre culture initiée par les milieux queer afro-américains et latinx new-yorkais. On y danse, on se pavane, on arbore ses plus beaux costumes et surtout, on s’affronte à coups d’attitudes altières, de démarches chaloupées et de poses dignes des cover-girls des plus grands magazines de mode. C’est d’ailleurs le plus fameux d’entre eux, Vogue, qui a inspiré la drag queen Paris Dupree à imaginer le “voguing”, une danse célébrée dans le film Paris is Burning de Jennie Livingston.

Aujourd’hui, la culture ballroom est un peu sortie des clubs pour s’aventurer sur des terrains plus mainstream. Comme le montre la saison 2 de Pose, c’est Madonna la première qui, avec sa chanson Vogue sortie en 1990, s’est emparée de ses codes pour les partager avec le plus grand nombre. La série montre d’ailleurs très bien la scission qui se crée alors au sein de la communauté : d’un côté la fierté de regarder le voguing conquérir le monde, de l’autre une certaine inquiétude de voir sa culture pillée et dénaturée par les masses. Depuis, l’une des figures du milieu en a fait un empire : RuPaul Charles, avec sa compétition endiablée de drag queens baptisée RuPaul’s Drag Race. Plus récemment, et le succès de Pose n’y est pas étranger, HBO a lancé son concours de voguing intitulé Legendary. Dominique Jackson, l’iconique Elektra de la série, a même fait partie du jury le temps d’un épisode.

Yasss Queens !

Non contente de révolutionner le petit écran et la pop culture en offrant une représentation sans commune mesure aux femmes trans de couleur, la série a aussi fait de ses actrices principales de véritables role models pour toute une génération émergente de personnes queer. Les queens de Pose sont devenues des stars et des icônes de mode, adoubées sur les runways des plus grands designers, invitées au prestigieux Met Gala et faisant la couverture de grands magazines. Plus personne ne devrait ignorer leurs noms.

En 2019, MJ Rodriguez, qui joue Blanca, faisait son entrée dans la liste très sélect des 100 personnalités les plus influentes du Time. L’actrice, dont on a pu entendre la magnifique voix dans la saison 2, s’apprête aussi à sortir un album solo. Dominique Jackson, quant à elle, a récemment défilé pour Thierry Mugler, et Indya Moore, l’envoûtante Angel de la série, a joué dans le court-métrage de Jim Jarmush, “French Water”, pour la maison de haute-couture Saint-Laurent. Leur seule présence sous les projecteurs est un signal sans précédent envoyé à leur communauté, dont les représentantes médiatisées se font rares. Et pour le reste de la planète, le message est clair : elles comptent bien conquérir nos écrans et nos cœurs, une pose à la fois.

La troisième et dernière saison de Pose est à découvrir à partir du 3 mai sur Canal+ Séries.