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Pourquoi The Shield est une série culte

Douze ans après sa conclusion magistrale, The Shield reste l’une des séries les plus injustement méconnues de l’époque dorée des années 2000. C’est pourtant un authentique chef-d’œuvre qui n’a rien à envier aux références populaires du genre, et les sujets qu’elle aborde n’ont malheureusement jamais été autant d’actualité.
Pour son approche révolutionnaire de la série policière

Si The Shield est restée dans les mémoires aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’à sa sortie en 2002, elle proposait un regard complètement nouveau sur un genre essoré. La série de Shawn Ryan n’est pas un « cop show » comme les autres, avec leur lot de héros irréalistes. The Shield nous plonge au contraire dans le quotidien d’une « brigade de choc » qui n’hésite pas à dépasser largement la ligne jaune pour faire baisser la criminalité dans les coins les plus dangereux de Los Angeles. Cette brigade (Strike Team en VO) est composée de quelques ripoux fidèles à leur patron, le très intimidant Vic Mackey, qui n’en fait qu’à sa guise et envoie paître la hiérarchie comme ses collègues. Tournée au cœur de quartiers tenus parfois par de vrais gangs, la série jette un regard brutal sur Los Angeles et sa police, même si la ville n’est jamais citée.

Et pour cause : The Shield est inspirée de l’affaire Rampart, un scandale de grande ampleur déclenché en 1998, quand le grand public a découvert avec stupéfaction que toute une unité anti-gang du LAPD, soit environ 70 membres, trempaient dans la corruption et se voyaient reprocher une liste longue comme le bras d’infractions gravissimes. Beaucoup font partie du quotidien de la Strike Team de The Shield, dont les membres ne sont gênés ni par l’extrême violence, ni par la corruption, ni par les prélèvements personnels sur les saisies de drogue, ni par des faits encore plus graves que l’on vous laisse découvrir. Bref, The Shield est une série terriblement réaliste, et qui fait donc toujours froid dans le dos aujourd’hui.

Pour Michael Chiklis dans le rôle de sa vie

On ne gagne pas un Emmy Award et un Golden Globe du meilleur acteur face à des monstres comme James Gandolfini, Martin Sheen, Kiefer Sutherland ou Michael C. Hall par hasard. C’est une évidence, l’acteur américain Michael Chiklis sera associé pour toujours au policier corrompu et violent Vic Mackey, capable du meilleur et surtout du pire pour protéger ses proches et lui des conséquences de leurs actes très répréhensibles. Avec son crâne chauve, ses tee-shirts moulants, sa présence physique impressionnante et surtout sa morgue qui ne le quitte jamais, il est le anti-héros parfait de The Shield, un personnage que l’on adore détester, et qui n’est pas unidimensionnel, loin de là.

Les scénaristes de The Shield ont réussi à le complexifier en lui laissant quelques bons côtés, qui ne suffisent pas à faire oublier ses méfaits – ce n’est pas le but – mais qui compliquent notre perception. Et pour ne rien gâcher, l’arc narratif du personnage joué par Michael Chiklis connaît une résolution très satisfaisante pour le spectateur (voir plus bas), ce qui contribue grandement à sa place au panthéon des plus grands anti-héros de l’âge d’or des séries. En résumé : on ne regarde pas The Shield pour Michael Chiklis, mais presque.

Pour sa réalisation sans compromis

Dès son premier épisode, The Shield impose sa marque de fabrique avec une réalisation très particulière pour la moyenne des séries policières. Les personnages sont filmés caméra à l’épaule, ce qui donne aux épisodes un rythme haletant et surtout proche du style documentaire, ce qui sert le réalisme évoqué plus haut. Ce sentiment est accentué par le format 4/3 de l’image, le même utilisé à l’époque dans The Wire, l’autre série policière acclamée notamment pour son approche très brute, ce qu’elle partage avec The Shield.

Toujours dans la même logique, la fiction de FX est aussi connue pour avoir utilisé quasi-exclusivement des caméras 16 mm, au lieu du standard 35 mm de l’époque. Concrètement, cela signifie un matériel plus léger et moins encombrant, qui permet de filmer au plus près les acteurs avec une vue subjective très nerveuse, qui donne au spectateur l’impression d’être immergé dans le décor, comme dans un reportage télé. Enfin, l’image de The Shield est aussi reconnaissable entre toutes, avec sa photographie rugueuse et son grain caractéristique.

Pour ses guests incroyables

D’accord, au-delà de Michael Chiklis, tout le casting de The Shield est excellent, avec une mention spéciale pour l’incontournable CCH Pounder dans le rôle de Claudette Wyms, et Walton Goggins, dont on a découvert le regard effrayant en tant que membre de la Strike Team de Vic Mackey, avant qu’il ne soit appelé par Hollywood, notamment pour jouer dans les deux westerns de Quentin Tarantino, Django Unchained et The Hateful Eight. Mais The Shield est aussi connu pour avoir eu droit à la présence prolongée de plusieurs acteurs plus habitués au cinéma qu’aux séries, ce qui à l’époque n’était pas du tout aussi répandu qu’aujourd’hui.

C’est ainsi qu’en 2005, une légende comme Glenn Close a fait le pari réussi de tenir un rôle principal pendant la quatrième saison de The Shield, ce qui a certainement contribué à faire bouger les lignes entre télévision et cinéma les années suivantes. Son exemple sera d’ailleurs suivi l’année d'après par Forest Whitaker – qui apparaitra durant deux saisons –, puis par la star de Mulholland Drive Laura Harring, sans oublier celle de la trilogie Jason Bourne Franka Potente, et enfin Laurie Holden, venue de X-Files. Pas mal pour une série commencée avec un petit budget sur une chaîne inconnue, non ?

Pour sa fin inoubliable

On ne va évidemment rien spoiler, mais sachez que The Shield est l’une des rares séries citées par quasiment tout le monde dans la catégorie « fin réussie », aux côtés de chefs-d’œuvre comme Six Feet Under, Mad Men ou Breaking Bad. Après sept saisons et 88 épisodes, le final de The Shield achève ainsi la série en bouclant avec brio une intrigue lancée dans le premier épisode. Chose rare à la télévision, tout avait été prévu dès le début, ce qui permet au scénario de The Shield de rester dans les mémoires comme un bloc cohérent et parfaitement maitrisé.

The Shield saisons 1 à 7, disponibles le 6 mars sur CANAL+.