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Il y a 30 ans, ce film de super-héros divisait les fans, et il continue de faire débat

Sorti en juillet 1995, BATMAN FOREVER rompait radicalement avec l’ambiance sombre et gothique imposée par Tim Burton. Plus coloré, plus bruyant, plus ouvertement pop, ce troisième volet de la saga initiait un virage esthétique et commercial qui ne ferait pas l’unanimité. 30 ans plus tard, le film reste une curiosité clivante dans l’histoire des adaptations de super-héros.

BATMAN FOREVER : le tour de passe-passe de Joel Schumacher

En 1992, BATMAN : LE DÉFI avait divisé Warner Bros. Trop sombre, trop bizarre, trop adulte selon le studio, qui redoutait de voir la franchise s’éloigner de son public familial. Tim Burton écarté après deux films, c’est Joel Schumacher qui hérite du projet, avec pour mission de relancer l’intérêt autour de la marque Batman.

Exit Michael Keaton, place à Val Kilmer. Et surtout, changement d’ambiance : lumières criardes, décors fluos, plans clippés. Le film assume une esthétique plus grand public, plus clinquante, inspirée des comics des années 1960.

Autour de Val Kilmer, le casting fait dans le bankable : Nicole Kidman, Tommy Lee Jones, et surtout Jim Carrey, alors au sommet, dans un numéro d’homme-mystère hystérique. L’intrigue oppose Batman à deux ennemis : Double-Face (Tommy Lee Jones), ex-procureur défiguré en quête de vengeance, et l’Homme-Mystère (Jim Carrey), un inventeur frustré obsédé par le contrôle de l’esprit humain.

Tandis que Bruce Wayne affronte ces menaces, il tente aussi d’assumer son identité double, tiraillé entre culpabilité, solitude et attirance pour la psychologue Chase Meridian (Nicole Kidman).

Avec 336 millions de dollars au box-office mondial, BATMAN FOREVER remplit sa mission : relancer la franchise et imposer une version plus spectaculaire du super-héros. Mais le film, bien qu’accueilli comme un succès populaire, dérange dès sa sortie une partie du public fidèle aux deux premiers opus.

Film pop ou caricature de super-héros ?

Trente ans plus tard, BATMAN FOREVER continue de diviser. Pour certains, il incarne la dérive commerciale du genre super-héros, coincé entre marketing agressif (figurines, fast-foods, bande-son calibrée) et mise en scène clinquante. Pour d’autres, il reste un geste audacieux, un objet pop singulier assumé jusqu’au bout, avec ses excès, son esthétique surchargée, et son ton volontairement décalé.

La performance de Jim Carrey, en roue libre totale, symbolise ce tiraillement : géniale pour les uns, insupportable pour les autres. Idem pour le duo Val Kilmer / Nicole Kidman, à la fois emblématique d’une époque et considéré comme le plus fade de la saga. Si le film a longtemps souffert de la comparaison avec ses prédécesseurs, il est aujourd’hui réévalué par une partie du public comme un objet de style à part, à la frontière du blockbuster et du cartoon assumé.

En revisitant BATMAN FOREVER, c’est aussi une certaine vision du super-héros qui réapparaît : plus fantasque, plus stylisée, parfois absurde, mais jamais totalement standardisée. Le film n’essaie pas de construire un univers étendu, ne cherche pas à relier chaque détail à une saga plus vaste. Il se suffit à lui-même, avec ses excès et ses ruptures de ton.

Aujourd’hui, les figures super-héroïques tendent à s’uniformiser : psychologie codifiée, récits balisés, formats interchangeables. En ce sens, BATMAN FOREVER, avec ses maladresses et sa liberté plastique, fait figure d’exception. Il rappelle qu’avant l’ère Marvel, le genre pouvait encore emprunter des chemins plus baroques, plus risqués, et parfois franchement étranges.

Et la saga BATMAN retrouva l'obscurité

BATMAN FOREVER a ouvert la voie à une suite encore plus outrancière : BATMAN & ROBIN, sortie en 1997, avec George Clooney dans le rôle-titre. Saturé de couleurs criardes, de blagues forcées et de gadgets absurdes, le film est souvent cité comme l’un des blockbusters les plus décriés de son époque.

Ce rejet massif mettra un coup d’arrêt à la franchise pendant près de dix ans, jusqu’à ce que Warner opère un virage radical en 2005 avec BATMAN BEGINS de Christopher Nolan. Le chevalier noir revient, sous les traits de Christian Bale, dans une version plus sombre, plus réaliste, et largement plébiscitée par le public.

Depuis, Batman n’a cessé d’être réinventé : par Nolan avec sa trilogie ultra-réaliste, par Zack Snyder dans un univers partagé plus sombre, puis par Matt Reeves avec THE BATMAN et son approche néo-noire, mais sans jamais revenir à cette tentative pop, colorée et baroque qui avait marqué BATMAN FOREVER.

Aujourd'hui, le personnage de Batman se retrouve à la croisée des chemins : THE BATMAN 2 avec Robert Pattinson est toujours dans les tuyaux, mais un nouvel acteur devrait l'incarner dans le DC Universe de James Gunn.