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ALPHA : Tahar Rahim a perdu 20 kilos en 4 mois pour ce film choc

Quatre ans après sa Palme d’or pour TITANE, Julia Ducournau revient avec ALPHA, un drame viscéral situé dans les années SIDA. Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes, le film interroge la peur collective, la transmission des traumas et l’amour comme acte de résistance. Pour incarner un malade du virus, Tahar Rahim a perdu énormément de poids. Retour sur cette transformation à l'occasion de la sortie du film au cinéma ce 20 août.

ALPHA : un conte fiévreux sur la contamination de la peur

Le récit d'ALPHA, qui avait surpris tout le monde à Cannes, s’articule autour d’une jeune fille de 13 ans vivant seule avec sa mère. Après avoir reçu un tatouage lors d’une fête, sa mère redoute qu’elle ait contracté un nouveau virus qui calcifie lentement les victimes.

Julia Ducournau situe son histoire entre les années 1980 et 1990, période où l’apparition du SIDA a provoqué une psychose collective et imagine une épidémie fictive qui transforme les corps en marbre. Pour la réalisatrice, l’enjeu n’était pas de faire un film historique, mais plutôt de montrer « la contamination de la peur » et les stigmates qu’elle laisse à travers les générations.

Dans ce récit, comme dans le reste de sa filmographie, la transformation physique est une métaphore des bouleversements adolescents et du poids des secrets. Julia Ducournau retrouve ses thèmes fétiches : les mutations corporelles et les relations familiales toxiques. La cinéaste, qui a tourné le film en Normandie et au Havre en 2024 fait d'ALPHA son œuvre « la plus personnelle et profonde ».

Visuellement, elle oppose des flash‑backs aux couleurs saturées évoquant les photos Kodak des années 1990 à un présent bleu et métallique.

Tahar Rahim : les dessous d'une transformation impressionnante

Face à la jeune Mélissa Boros qui incarne Alpha et à Golshifteh Farahani qui campe sa mère, Tahar Rahim joue Amin, l’oncle d’Alpha, un toxicomane porteur du virus. Pour ce rôle, l’acteur a accepté de se métamorphoser : il a perdu plus de 20 kg en trois mois et demi en suivant un régime strict à base de tomates cerises et de pistaches.

Julia Ducournau ne lui avait pas demandé d’aller aussi loin, mais il voulait « rendre le personnage réel et organique ». Cette privation l’a plongé dans une « dimension spirituelle », dans laquelle il se sentait connecté à la création et à sa foi, comme il l’a confié. Tahar Rahim a également collaboré avec l’association Gaia, qui vient en aide aux toxicomanes, pour observer leurs rituels et leurs attitudes pour nourrir son jeu.

Le résultat à l’écran est bluffant. La silhouette de Tahar Rahim est squelettique et cadavérique, à l’opposé de l’image musculeuse de Vincent Lindon dans TITANE. Pour Tahar Rahim, Amin est « un ange déchu dont les ailes ont été coupées », un être presque mystique perdu dans un monde qui n’est plus le sien. Julia Ducournau salue son engagement : au fil des semaines, elle voyait « des couches de préparation s’intégrer en lui ».

Grâce à cette interprétation extrême, ALPHA renouvelle la filmographie de Julia Ducournau. Le film reste fidèle à son intérêt pour les corps et les mutations, tout en abordant frontalement la transmission des traumas et la façon dont l’amour et l’acceptation peuvent briser les cycles de peur.

Même si son récit déroutant a divisé lors de sa présentation cannoise, il confirme la cinéaste comme l’une des voix les plus singulières du cinéma français. Et offre un rôle percutant à Tahar Rahim.

ALPHA au cinéma le 20 août.