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Cannes 2025 : ce polar glaçant avec Léa Drucker secoue le Festival

Présenté en Compétition Officielle, DOSSIER 137, le nouveau polar de Dominik Moll a frappé un grand coup au Festival de Cannes 2025. Porté par une Léa Drucker magistrale, le film nous entraîne dans une enquête de l’IGPN sur des violences policières pendant les manifestations des gilets jaunes à Paris en 2018.

Après La Nuit du 12, Dominik Moll en terrain brûlant

Depuis le succès retentissant de LA NUIT DU 12, Dominik Moll était attendu au tournant. Son retour en compétition officielle avec DOSSIER 137 n’a rien d’anodin : il choisit cette fois d’aborder de front les violences policières liées aux manifestations des Gilets jaunes, un sujet hautement inflammable, encore peu traité au cinéma français.

Inspiré de faits réels mais revendiqué comme une fiction, le film adopte pourtant une approche quasi-documentaire. Dominik Moll mêle séquences reconstituées et véritables images d’archives des manifestations de 2018, notamment celles des Champs-Élysées, pour ancrer son récit dans un réalisme brut. Le spectateur se retrouve plongé aux côtés de Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN incarnée par Léa Drucker, chargée d’établir les responsabilités après le tir de LBD qui a gravement blessé un jeune manifestant.

Le dispositif est simple, mais redoutablement efficace : l’enquête prend toute la place. Plans fixes, images de smartphones, reconstitutions minutieuses, DOSSIER 137 dissèque le fonctionnement de la police des polices avec une précision clinique. Pas de scènes d’action, pas de digressions : on suit chaque démarche, chaque audition, chaque hésitation de l’enquêtrice, jusqu’à plonger dans les arcanes de la bureaucratie. Le film devient ainsi un polar procédural immersif, passionnant pour qui s’intéresse aux rouages d’une institution souvent perçue comme opaque.

Un autre grand rôle pour Léa Drucker

Au fil de l’enquête, le récit s’élargit. Ce qui commence comme un simple dossier à traiter devient une réflexion sur l’impartialité, le regard que l’on porte sur l’autre, et la difficulté à rassembler une société profondément polarisée. Stéphanie se retrouve elle-même troublée : la victime est originaire de Saint-Dizier, sa propre ville natale. Un détail a priori anodin, mais qui vient gripper la mécanique froide de l’investigation. Une phrase claque d’ailleurs comme un avertissement : « On hait toujours plus facilement celui qui ne partage pas notre point de vue. » Par cette enquête minutieuse, Moll éclaire les fractures d’une époque, sans chercher à les lisser.

S’il laisse peu de place à la nuance dans ses scènes les plus politiques, le film s’affirme néanmoins comme un geste de cinéma courageux, salué par le public cannois. Chaque tirade critique envers la police déclenchait des applaudissements nourris, signe de la résonance particulière du sujet dans cette édition 2025.

Au cœur de cette tension, Léa Drucker impressionne. Après L'INTÊRET D'ADAM, aussi présenté à Cannes 2025, elle trouve ici un autre rôle fort, d’une grande intensité, où la retenue et la précision de son jeu font merveille. Elle compose une héroïne sur le fil, tout en intériorité, incarnant la complexité morale et la solitude d’une enquêtrice perçue comme traîtresse par ses pairs. Sa performance pourrait bien la propulser sur la voie d’un prix d’interprétation.

DOSSIER 137 est prévu pour une sortie en salles le 19 novembre 2025.