Daniel Craig, le meilleur des Bond ?

Posté par Alexis Lebrun le 4 avril 2022
Inconnu du grand public lorsqu’il a repris le smoking de 007, l’acteur a d’abord suscité la défiance d’une partie des fans avant de s’imposer et de faire atteindre à la franchise des sommets inespérés. Désormais libéré du costume encombrant de l’agent secret, Daniel Craig peut savourer son statut de meilleur James Bond de l’histoire et donner un nouveau tournant à sa carrière.
Un début de carrière discret

On peut dire que Daniel Craig s’est révélé sur le tard. Né en 1968, l’acteur britannique a connu des débuts plutôt discrets au cinéma, comme l’illustre son apparition aux côtés d’Angelina Jolie dans l’adaptation LARA CROFT : TOMB RAIDER (Simon West, 2001), qui relève aujourd’hui surtout de la gentille anecdote. On préfère se souvenir qu’à la même période, il a joué un bon rôle secondaire de mafieux violent dans le deuxième film d’un certain Sam Mendes, LES SENTIERS DE LA PERDITION (2002).

Quelques années plus tard, c’est en trafiquant de drogue qu’il fait son petit effet dans LAYER CAKE (Matthew Vaughn, 2004). C’est le premier tournant de sa carrière : il est remarqué par les producteurs des films 007, et il enfonce le clou l’année suivante en intégrant la distribution internationale du controversé mais remarquable MUNICH de Steven Spielberg. Nous sommes en 2005, Daniel Craig a 37 ans, et voilà qu’il est officiellement annoncé comme le sixième interprète de James Bond.

L’homme qui sauva Bond

Et à l’époque, ce choix est loin de faire l’unanimité. Au sein de la communauté des fans de James Bond, certains se déchaînent et appellent déjà au boycott de ce nouveau 007 jugé trop blond, trop petit et trop baraqué par rapport à ses prédécesseurs au cinéma. Aux quolibets des gardiens du temple Bondien, il faut ajouter que la mission confiée à Daniel Craig est titanesque. Son prédécesseur (Pierce Brosnan) est le premier interprète du rôle à avoir été viré, et ce après avoir pourtant battu des records au box-office avec MEURS UN AUTRE JOUR (Lee Tamahori, 2002).

Oui mais voilà, face à la concurrence d’un nouveau héros moderne comme Jason Bourne, James Bond doit se renouveler de A à Z en restant fidèle à son ADN, et Daniel Craig est l’homme qui doit accomplir cette gageure. Miraculeusement, il y parvient dès son premier essai, considéré dès sa sortie comme l’un des meilleurs films de la franchise. C’est encore vrai aujourd’hui : Craig impose dans CASINO ROYALE (Martin Campbell, 2006) son style rugueux et rompt brutalement avec l’héritage de Brosnan, marqué par une certaine distinction et un recours abusif aux gadgets.

Le 007 nouveau est un tueur implacable qui transpire et qui ne fait pas dans la dentelle, concrétisant la vision d’un James Bond plus sombre et réaliste, imaginée à l’origine pour Timothy Dalton. Mais l’autre révolution, c’est que le 007 made in Craig est un grand sensible. Face à la froideur de Sean Connery et au flegme surhumain de Moore et Brosnan, le nouveau Bond oppose enfin une touche de romantisme plus que bienvenue.

Le final lacrymal de CASINO ROYALE renvoie immédiatement à celui vécu par George Lazenby dans AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (Peter Hunt, 1969) et donne le ton des enjeux dramatiques qui planeront au-dessus de tous les épisodes avec Daniel Craig, SKYFALL (Sam Mendes, 2012) et MOURIR PEUT ATTENDRE (Cary Joji Fukunaga, 2021) en tête. Ce virage opéré par la franchise est un immense succès : les épisodes avec Daniel Craig rapportent des milliards au box-office, et surtout, 007 est ressuscité artistiquement grâce à son nouvel interprète. Ce dernier n’a pas seulement sauvé James Bond, il en est officiellement devenu la meilleure incarnation.

La vie après 007

Tous les acteurs attachés pendant longtemps à un personnage extrêmement populaire le savent, la transition vers d’autres rôles peut être difficile voire impossible à gérer. Pendant les quinze années passées dans la peau de James Bond, il a souvent semblé que Daniel Craig était victime de cette malédiction. Ses tentatives dans des blockbusters se sont la plupart du temps soldées par des échecs assez retentissants au box-office, même si l’acteur en lui-même ne démérite pas dans COWBOYS ET ENVAHISSEURS (Jon Favreau, 2011) par exemple.

La même année, il partage l’affiche avec Rooney Mara dans MILLÉNIUM : LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES, l’excellente adaptation par David Fincher du roman de Stieg Larsson, mais là encore, le succès n’est pas suffisant pour qu’il puisse tourner la suite. Même quand Daniel Craig fait un énorme pas de côté vers le cinéma indépendant, en donnant la réplique à l’ancienne James Bond girl Halle Berry dans KINGS (Deniz Gamze Ergüven, 2018), le résultat est durement sanctionné.

Mais ces dernières années, l’interprète de 007 a peut-être commencé à inverser la tendance. D’abord en apparaissant dans LOGAN LUCKY (2017), le très bon film de casse qui avait marqué le retour derrière la caméra du maître Steven Soderbergh. Mais il s’agissait là d’un second rôle, et la vraie seconde naissance de Daniel Craig au cinéma a eu lieu en fin d’année 2019, lorsque l’acteur a fait un carton inattendu au box-office avec À COUTEAUX TIRÉS (Rian Johnson).

Dans ce formidable thriller whodunit, il montre en effet toute l’étendue de sa palette en jouant un détective privé qui n’a pas grand-chose à voir avec 007, mis à part qu’il partage l’affiche avec Ana de Armas, retrouvée en James Bond girl dans MOURIR PEUT ATTENDRE. Le succès du film a été tel que deux suites ont été commandées par Netflix, avec toujours Daniel Craig comme acteur principal. Se retrouver à la tête d’une deuxième franchise à succès après James Bond n’est pas à la portée de tout le monde – ses prédécesseurs peuvent en témoigner –, mais Daniel Craig n’est pas n’importe qui. Et quand on s'appelle Daniel Craig, il y a forcément une vie après 007.

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