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JUDAS AND THE BLACK MESSIAH, le grand film que les Oscars attendent ?

Posté par Alexis Lebrun le 16 avril 2021
Après avoir fait sensation aux Etats-Unis, le long-métrage politique du réalisateur Shaka King arrive en France en exclusivité sur CANAL+ dès le 24/04, précédé d’une réputation très flatteuse. Considéré comme l’un des favoris pour remporter des statuettes dorées, JUDAS AND THE BLACK MESSIAH s’impose à l’avant-garde d’un bataillon de films qui font directement écho aux manifestations actuelles contre le racisme et les violences policières aux Etats-Unis.
Le tribun et le traître

JUDAS AND THE BLACK MESSIAH est basé sur une histoire vraie tragique, celle de Fred Hampton (Daniel Kaluuya), le leader charismatique des Black Panthers dans l’Etat de l’Illinois à Chicago. Tragique, car ce biopic raconte la trahison vécue par Hampton, de la part d’un de ses proches, William O'Neal (Lakeith Stanfield), un petit délinquant recruté comme indic par un agent du FBI (joué par Jesse Plemons) en échange d’une remise de peine. Précisons que nous sommes en 1968 : le FBI est encore dirigé par l’impitoyable J. Edgar Hoover (Martin Sheen), qui considère ni plus ni moins les Black Panthers comme un groupe terroriste, et voit d’un très mauvais œil l’ascension des figures de la contestation noire comme Fred Hampton, qui constituent pour lui la plus grave menace pour la sécurité nationale du pays à l’époque.

Le film de Shaka King et la prestation très convaincante de Daniel Kaluuya rendent hommage aux qualités exceptionnelles d’orateur de Fred Hampton, capable avec ses discours enflammés de galvaniser et de mobiliser les foules autour de sa lutte révolutionnaire comme peu d’opposants à l’époque. Militant politique déterminé à changer radicalement une société américaine raciste et inégalitaire, Hampton ne forme pas seulement des alliances avec des gangs et des groupes armés qu’il rallie à sa cause, il s’implique dans la vie quotidienne de la communauté afro-américaine, où il développe des programmes essentiels comme Free Breakfast for Children, des petits-déjeuners cuisinés par les Black Panthers pour les enfants pauvres. Et c’est aussi un visionnaire : il forme la Rainbow Coalition, soit une alliance multiculturelle pour renforcer le pouvoir du peuple opprimé dans la lutte contre le système en place. Mais il paiera très cher ses idées, le succès grandissant de sa stratégie et son ascension personnelle.

Daniel Kaluuya, une ascension éclair à Hollywood

Pour Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield, JUDAS AND THE BLACK MESSIAH sert de retrouvailles, puisque ce duo était déjà à l’affiche du film d’horreur phénomène sorti par Jordan Peele en 2017, GET OUT. C’est d’ailleurs avec ce gros succès critique et public que la carrière de l’acteur britannique Daniel Kaluuya a explosé, et qu’il a récolté une pluie de récompenses, dont des nominations dans la catégorie meilleur acteur aux Oscars, aux Golden Globes et aux BAFTA. Cette année, il a déjà remporté ces deux derniers dans la catégorie meilleur acteur dans un second rôle, et il sera l’un des favoris aux Oscars, où l’un de ses concurrents sera d’ailleurs son compère du film Lakeith Stanfield, lui aussi nommé. On avait repéré Daniel Kaluuya pour la première fois à la télévision dans la série SKINS à la fin des années 2000, et son rôle dans l’un des premiers épisodes marquants de BLACK MIRROR (Fifteen Million Merits) en 2011 a confirmé qu’il s’agissait d’un visage à suivre.

Après quelques premiers rôles discrets au cinéma, le terrifiant SICARIO de Denis Villeneuve sorti en 2015 a marqué le début de son ascension irrésistible à Hollywood. Ainsi après GET OUT en 2017, il a inévitablement été recruté par Marvel Studios pour jouer dans l’historique BLACK PANTHER (2018), film réalisé par Ryan Coogler, que l’on retrouve comme producteur de JUDAS AND THE BLACK MESSIAH. La même année, il contribue aussi grandement à l’excellent thriller LES VEUVES (Steve McQueen), où il côtoie un casting incroyable. Et l’an dernier, sa prestation aux côtés de Jodie Turner-Smith dans le road movie QUEEN & SLIM, le premier long-métrage de la réalisatrice Melina Matsoukas, a aussi été saluée. Bref, Daniel Kaluuya n’a que 32 ans, et il est déjà l’un des acteurs les plus en vue à Hollywood. On a hâte de voir où la suite de sa carrière va le mener.

Une nomination historique aux Oscars

En dehors de Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield, JUDAS AND THE BLACK MESSIAH a récolté quatre autres nominations aux Oscars : meilleur scénario original, meilleure photographie, meilleure chanson originale, et surtout, meilleur film. C’est la première fois dans l’histoire de la cérémonie qu’un film produit par une équipe entièrement noire est nommé à l’Oscar du meilleur film (qui récompense les producteurs). Il aura donc fallu attendre 93 ans pour que ce jour arrive enfin, et la simple évocation de ce chiffre éclaire de façon vertigineuse le fonctionnement d’Hollywood depuis des décennies.
Quoi qu’il en soit, la cérémonie de cette année est marquée par la présence dans les nominations de deux autres films qui se déroulent dans les années 1960 et qui abordent frontalement la question raciale : LES SEPT DE CHICAGO (Aaron Sorkin, 2020) et ONE NIGHT IN MIAMI (Regina King, 2020). Le premier prend place au même moment (1968) et dans la même ville que JUDAS AND THE BLACK MESSIAH, pour raconter l’histoire des Chicago Seven, sept personnes accusées de lourdes charges dans un procès symbolique devenu célèbre, car elles ont organisé une manifestation de contestation contre le pouvoir, marquée par des affrontements et des violences policières. ONE NIGHT IN MIAMI reproduit lui une nuit imaginaire de 1964 où le boxeur Mohamed Ali, l’activiste Malcolm X, le chanteur Sam Cooke et le joueur de NFL Jim Brown se seraient retrouvés dans une chambre de motel à un moment crucial de l’histoire américaine. Une rencontre historique entre quatre légendes adaptée d'une pièce de théâtre, et portée à l'écran par la talentueuse actrice Regina King (déjà oscarisée en meilleur second rôle pour SI BEALE STREET POUVAIT PARLER, comme Aaron Sorkin d'ailleurs), son premier film en tant que réalisatrice.

À cette liste des nommés aux Oscars cette année, on peut encore ajouter LE BLUES DE MA RAINEY (George C. Wolfe, 2020), le dernier film tourné par Chadwick Boseman avant sa mort – il est nommé à titre posthume dans la catégorie meilleur acteur – et qui montre comment la musique des noirs était exploitée par les blancs dans les années 1920. Un siècle plus tard, après une année 2020 marquée par la résurgence du mouvement Black Lives Matter et l’indignation provoquée par la mort de plusieurs afro-américains aux mains de la police, tous ces films d’époque font écho à la situation actuelle, qui montre malheureusement que les choses n’ont pas beaucoup évolué en cinquante ans aux Etats-Unis. Heureusement, Hollywood semble enfin opérer la révolution tant attendue, et JUDAS AND THE BLACK MESSIAH pourrait bien entrer encore un peu plus dans l’histoire aux Oscars. Porté par une photographie soignée, un casting très concerné et une réalisation qui donne des frissons, celui qui est déjà l'un des films de l'année le mérite incontestablement.

©Warner Bros. Entertainment Inc.

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