LES AMOURS D’ANAÏS, le tourbillon amoureux d’Anaïs Demoustier

Posté par Cinéma Canal le 11 avril 2022
Accompagnée par Valeria Bruni Tedeschi et Denis Podalydès, l’actrice césarisée en 2020 forme un triangle amoureux exaltant dans ce premier long-métrage de la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet, avec qui elle avait déjà collaboré en 2018.
Ménage à trois moderne

Comme le lui dit son amoureux, Anaïs est « un bulldozer ». Cette parisienne trentenaire se débat avec des problèmes financiers, mais aussi et surtout des questionnements existentiels, ne sachant pas si elle aime vraiment Raoul (Christophe Montenez), le beau gosse qui subit quotidiennement son épuisante spontanéité et son interminable logorrhée. C’est un fait, Anaïs parle beaucoup, vraiment beaucoup, une habitude qui s’accompagne d’une tendance à foncer et à croquer la vie comme si demain n’existait pas. La preuve quand elle fait la connaissance de Daniel (Denis Podalydès, aussi drôle que touchant), un vieux bourge un peu attachant avec qui elle noue une complicité immédiate, en dépit du fait que son cœur est déjà pris aussi.

Peu importe également s’il a quasiment deux fois son âge : Anaïs n’écoute que son désir et tente le coup. Mais elle ne sait pas encore que le bougre n’est qu’un amuse-bouche qui cache une compagne nettement plus séduisante. Cette femme, c’est Emilie (Valeria Bruni Tedeschi), une écrivaine qui fait naître de nouvelles envies chez Anaïs… Derrière ce qui s’apparente à un marivaudage classique se cache en réalité une réinvention tout à fait moderne du triangle amoureux, avec une héroïne imparfaite et complexe, pour qui les cadres imposés de la société n’existent pas. Anaïs n’a que faire de l’âge de ses partenaires et son orientation sexuelle mouvante n’est pas un sujet, car elle est considérée comme acquise et naturelle. Et c'est très rafraîchissant.

L’héritière de Rohmer et Mouret

On la suit virevolter avec entrain d’un personnage à un autre, filmée avec beaucoup de tendresse par une réalisatrice très précise dans sa mise en scène, où Anaïs Demoustier peut déployer toute l’étendue de son talent et de sa légèreté physique, notamment dans de longs plans-séquences chorégraphiés animés par la même énergie que son personnage. On peut en dire autant du montage, effréné, mais également des dialogues, écrits avec une évidente gourmandise par Charline Bourgeois-Tacquet. Car comme le titre du film l’indique, la réalisatrice et scénariste a écrit LES AMOURS D’ANAÏS en pensant bien sûr à Anaïs Demoustier, rencontrée pour le tournage du court-métrage PAULINE ASSERVIE (2018), où l’on retrouvait déjà l’ADN comique très particulier de ce premier long-métrage.

Mais il serait injuste de réduire ce dernier à une comédie, car à la légèreté des débuts succède aussi une forme de mélancolie, pour une raison qu’il serait dommage de révéler ici. Mais on ne peut que se délecter de l’alchimie notable qui transparaît entre Valeria Bruni Tedeschi et Anaïs Demoustier, pour faire du film une ode puissante au désir féminin et à l’abandon à la sensualité. Très marquée par sa découverte à l’adolescence d’un certain cinéma français (François Truffaut, Claude Sautet, Maurice Pialat…), Charline Bourgeois-Tacquet s’impose donc avec ce premier long-métrage comme la digne héritière de l’inévitable Eric Rohmer – le titre de son court-métrage PAULINE ASSERVIE est un hommage à PAULINE À LA PLAGE (1983) – et bien sûr d’Emmanuel Mouret. Et elle revendique aussi l’influence évidente du « débit mitraillette » d’un monument du genre, LE SAUVAGE (Jean-Paul Rappeneau, 1975). En matière de marivaudages, difficile de citer de meilleures références.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram