Infiniti : 5 raisons de décoller avec la série spatiale française

Posté par Alexis Lebrun le 5 avril 2022
Présentée en avant-première au festival CANNESÉRIES le week-end dernier, la dernière Création Originale CANAL+ séduit par son originalité et son ambition. Alors si vous n’avez pas encore entamé le voyage, voici pourquoi vous devriez embarquer à bord du vaisseau Infiniti.
Une enquête bien glauque entre la Terre et l’espace

Infiniti, c’est d’abord un polar un brin flippant qui repose sur un mystère assez singulier. Le flic kazakh Isaak Turgun découvre en effet sur le toit d’un immeuble un corps décapité qui semble avoir été plongé dans de la cire. La mise en scène est déjà légèrement macabre et l’enquête prend un tournant très inquiétant quand le cadavre est identifié comme étant celui d’Anthony Kurz, un astronaute censé être en mission au sein de la Station spatiale internationale… On dit bien censé, car à la suite d’une manœuvre d’arrimage complètement ratée, l’ISS est partie à la dérive et ne peut plus communiquer avec l’extérieur.

On se demande bien sûr si les trois membres de l’équipage sont encore en vie, mais quoi qu’il en soit, le temps presse si une opération de sauvetage doit être lancée. Heureusement, il reste sur Terre une astronaute parfaitement indiquée pour cette mission, et pour cause : elle devait faire partie du trio à bord, si un malaise lors d'un décollage précédent n’avait pas compromis sa participation. Cette cosmonaute au rêve spatial contrarié, c’est Anna Zarathi, une Française qui va peut-être pouvoir aussi aider Isaak à comprendre pourquoi Anthony Kurz a hurlé son nom à elle au moment de l’accident…

Le mélange des genres entre polar et science-fiction

Autant dire que l’intrigue mystérieuse d’Infiniti fait plus que lorgner du côté de la science-fiction, en ajoutant aussi une dose généreuse de mysticisme. Car la série joue largement sur l’opposition entre la science et la foi, en raison notamment de l’espace géographique où prend place la série. Les corps sont découverts autour du cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan, où les croyances religieuses anciennes des peuples nomades se moquent bien des folles ambitions spatiales qui essayent de se concrétiser à quelques kilomètres de là et au milieu de nulle part.

Infiniti ne se contente donc pas de mêler deux genres principaux que sont le polar et la sci-fi. On y décèle également une pointe de folk-horror quand le shamanisme et les superstitions locales entrent en jeu, et de manière générale, cette somme complexe qui multiplie aussi les flaskbacks mérite d’être saluée pour son ambition.

Une plongée dans le cosmodrome de Baïkonour

Il y a même une dimension politique dans Infiniti, car le cosmodrome où se déroule une grande partie de l’intrigue regorge de querelles petites et grandes entre les personnes et surtout les nations qui collaborent sur la Station spatiale internationale. Très vite, on est happé par ces rivalités et les alliances qui se font et se défont entre américains, chinois, russes et français au gré des rebondissements.

On prend aussi beaucoup de plaisir à voir les personnages évoluer dans la reconstitution très soignée du cosmodrome de Baïkonour, dont l’esthétique rétrofuturiste symbolise également la fin d’un monde, celui de la coopération spatiale internationale, éclipsée par les lanceurs privés comme SpaceX. Cette plongée est d’autant plus passionnante que les œuvres qui abordent l’espace passent rarement beaucoup de temps dans un lieu comme celui-ci, pourtant crucial.

Les images du Kazakhstan et le voyage dans l’espace

Sur le plan visuel, ces scènes intérieures intenses contrastent avec l’immensité et la beauté sauvage des steppes kazakhes qui entourent le cosmodrome. C’est dans ce décor unique que l’enquête avance, au milieu des vieux bâtiments délabrés de l’ex-URSS et d’un site où les soviétiques procédaient à des essais nucléaires pendant la guerre froide.

Ces images désertiques sont admirablement mises en valeur par le réalisateur français Thierry Poiraud, spécialiste des films de genre, et qui a là l’occasion de s’essayer pour la première fois à la science-fiction. Il crée un contraste assez fascinant entre la chaleur de ces paysages naturels lumineux, et la froideur du cosmodrome, sans parler des scènes souvent spectaculaires qui ont lieu dans l’espace, et qui en jettent pas mal malgré des moyens qui doivent rester limités par rapport à ceux des grandes références anglo-saxonnes du film spatial qui influencent la série. Bref, Infiniti fait voyager, mais il faut aimer les turbulences.

Un casting international mené par Céline Sallette

Le dernier point fort d’Infiniti est évidemment sa distribution. On retrouve en effet dans le rôle principal Céline Sallette, une grande habituée de la Création Originale CANAL+, puisqu’elle a déjà joué entre autres dans Les Revenants (2012), Vernon Subutex (2019) et La Flamme (2020). L’actrice française est à son aise dans sa combinaison d’astronaute, mais aussi dans la langue anglaise travaillée pendant plusieurs mois pour les besoins de la série, qui réunit une ribambelle de nationalités différentes.

On reconnaît bien sûr le Kazakhe Daniyar Alshinov, révélation du thriller A Dark, Dark Man (Adilkhan Yerzhanov, 2019), et qui impressionne dans le rôle de ce flic rebelle et hanté par un passé tragique. Il est notamment accompagné par sa compatriote kazakhe Samal Yeslyamova, Prix d'interprétation féminine à Cannes en 2018 pour Ayka (Sergueï Dvortsevoï), et on retrouve aussi l’acteur roumain Vlad Ivanov, vu récemment dans Les Siffleurs (Corneliu Porumboiu, 2019), de même que le Belge Laurent Capelluto, tout juste échappé de l’excellente saison 2 d’OVNI(s) (CANAL+).

Infiniti épisodes 1 à 6, disponibles sur CANAL+.