Infiniti, une série spatiale française pleine d’ambition

Posté par Alexis Lebrun le 17 mars 2022
Cette nouvelle Création Originale CANAL+ se distingue immédiatement dans le paysage des productions hexagonales, car il s’agit d’une série de genre, et pas n’importe lequel. Car si la science-fiction est encore très rare dans les séries françaises, Infiniti pourrait bien prouver aux anglo-saxons que nous n’avons rien à leur envier en la matière.
Baïkonour, we have a problem

Infiniti s'ouvre d'ailleurs sur une scène spectaculaire : le vaisseau spatial russe Soyouz rencontre un problème d’arrimage à l’ISS, ce qui entraîne la perte de la station. Les membres se trouvant à bord de cette dernière ne répondent plus, et l'ISS part à la dérive, si bien que le sauvetage s’annonce plus que compliqué. Mais la série ne prend pas seulement place dans l'espace, puisqu'elle a aussi été tournée en grande partie au Kazakhstan, où se trouve le célèbre cosmodrome de Baïkonour, base de lancement russe historique et en activité depuis l’âge d’or de la rivalité spatiale entre l’Union soviétique et les Etats-Unis (1956).

Et c’est justement à côté de cette enclave russe plantée dans l’ancienne république socialiste soviétique qu’un cadavre est découvert au début d'Infiniti. Non seulement le corps est décapité et recouvert de cire, mais il est disposé d’une manière étrangement flippante. Et l’identification révèle qu’il s’agit d’Anthony Kurz, un cosmonaute américain qui se trouvait à bord de l’ISS au moment de l’accident…

Improbable duo

Et voilà donc que la science-fiction se télescope (vous l’avez ?) avec un genre nettement plus terrestre, ce bon vieux polar. Pour mener l’enquête, les scénaristes et créateurs de la série Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe ont décidé d’associer deux personnages radicalement différents. Il y d’abord Anna, une astronaute française qui a été contaminée par la passion de l’espace grâce à sa mère, une ancienne cosmonaute. Alors qu’elle devait concrétiser son rêve et se rendre à bord de la station, Anna est confrontée à un échec cuisant qui laisse de sérieuses traces dans son for intérieur. Après avoir été mise à l’écart du programme spatial, elle est appelée à la rescousse par Baïkonour pour résoudre ce mystère encore renforcé par le fait qu’Anthony Kurz a crié son nom juste avant que la communication soit coupée avec la station.

Et puisque l’enquête prend place en grande partie au Kazakhstan, Anna se retrouve flanquée d’Isaak, un flic local pas en très bons termes avec sa hiérarchie (et c'est un euphémisme), car il a notamment la fâcheuse tendance de ne pas obéir aux ordres. Férocement indépendant et intransigeant, il a le verbe assassin mais comme Anna, c’est surtout un individu en crise qui fuit les lourds problèmes de son passé.

Un réalisateur spécialiste des films de genre

On l’a dit, Infiniti mélange science-fiction et polar – sans oublier les enjeux politiques indissociables de la conquête spatiale –, entre des décors spatiaux spectaculaires et des plans des grandes steppes kazakhes qui ne le sont pas moins. Une opposition visuelle qui est aussi philosophique, puisqu’elle permet à la série de jouer sur la dichotomie vieille comme le monde de la science face à la foi. Sur ce plan, on ne peut que saluer l’ambition du réalisateur des six épisodes, le Français Thierry Poiraud, déjà auteur de plusieurs films de genre (dans le fantastique et l’horrifique notamment), qui revendique parmi ses influences l’intrigue formidablement complexe de Lost (Disney+). Infiniti pourrait donc oser quelques surprises mystiques voire surnaturelles, une prise de risque narrative qui se double de vraies aspirations esthétiques. Si la série n'est pas comparable avec les grandes épopées spatiales hollywoodiennes des dernières années comme Interstellar (Christopher Nolan), Gravity (Alfonso Cuarón, 2013) ou Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016), elle devrait montrer que la France ne doit pas craindre d’aborder le genre de la science-fiction.

Reflet du caractère naturellement cosmopolite de la coopération spatiale, Infiniti est aussi une production au casting international : avec le personnage d’Anna, l’actrice Céline Sallette fait son retour dans une Création Originale CANAL+, après ses rôles remarqués dans Les Revenants (2012), Vernon Subutex (2019) et La Flamme (2020). Pour incarner Isaak, la série a fait appel à Daniyar Alshinov, révélé chez nous dans le thriller franco-kazakh A Dark, Dark Man (Adilkhan Yerzhanov, 2019), mais on retrouve aussi entre autres l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova, Prix d'interprétation féminine à Cannes en 2018 pour Ayka (Sergueï Dvortsevoï), et le Belge Laurent Capelluto, visible en ce moment dans la saison 2 d’une autre série française délicieusement perchée, OVNI(s) (CANAL+).

Infiniti épisodes 1 à 6, disponibles le 4 avril sur CANAL+.