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La disparition de John Darwin (POLAR+), une série tragicomique sur une histoire vraie inimaginable

Doublement récompensée en novembre dernier au festival Marseille Series Stories, La disparition de John Darwin raconte une arnaque invraisemblable digne du cinéma des frères Coen. On n'avait pas vu une série aussi drôle depuis longtemps.

Une idée de génie ?

Mettre le feu à sa voiture pendant la nuit de la Saint-Sylvestre pour toucher de l'argent de son assurance est une pratique illégale très risquée, mais ce n'est rien en comparaison du plan imaginé par John Darwin. En 2002, ce gardien de prison britannique est persuadé d'avoir trouvé une idée de génie pour rembourser ses dettes : il va simuler sa mort en accident de canoë pour que sa femme touche son assurance-vie.

Et tous les obstacles évidents aux yeux d'une personne sensée – comme sa femme Anne – n'en sont pas pour lui. Il faut voir son air horrifié dans le premier épisode, lorsque John lui annonce avec une détermination absolue que c'est le seul moyen de s'en sortir. Les deux enfants du couple qui vont croire leur père mort à tort ? Un mal nécessaire.

La nécessité de vivre caché pendant le reste de sa vie ? Pas un problème du tout pour John, qui semble avoir pensé à tout et va vivre dans la maison mitoyenne que le couple possède et qui communique avec leur foyer, où habite Anne. Même si on a du mal à croire ce que l'on voit dans cette scène, tout cela est absolument véridique et il est humainement très difficile de se retenir de rire devant le personnage de John, un escroc que même les frères Coen n'auraient peut-être pas osé imaginer.

Sincèrement convaincu qu'il faut avoir son intelligence supérieure pour mettre au point un tel stratagème, c'est aussi un manipulateur geignard qui dit des horreurs à sa femme et parvient à la convaincre en affirmant qu'il préfère se suicider pour de vrai plutôt que de se déclarer en faillite. Mais si John est évidemment fascinant, Anne l'est tout autant : comment a-t-elle pu accepter de s'embourber elle-même dans cette histoire alors que contrairement à son mari, elle est tout à fait raisonnable ?

Une série digne de Landscapers

En quatre épisodes, cette mini-série s'emploie à l'expliquer, et malgré la dimension comique irrésistible de cette intrigue et des dialogues, on ne peut pas s'empêcher non plus d'avoir beaucoup de peine en la voyant coincée avec un homme pareil. C'est bien sûr grâce à elle que La disparition de John Darwin prend aussi une tournure plus tragicomique, bien équilibrée par le créateur et scénariste Chris Lang, déjà aux manettes d'un bon polar british spécialisé dans les cold cases, Unforgotten (POLAR+).

Mais il faut surtout reconnaître que La disparition de John Darwin peut s'appuyer sur un duo merveilleux devant la caméra. Récompensée par le prix d'interprétation au festival Marseille Series Stories, Monica Dolan (A Very English Scandal) est impressionnante de justesse dans ce rôle, où ses réactions cinglantes sont toujours parfaites face aux répliques absurdes d'Eddie Marsan (Ray Donovan, Ridley Road), lui aussi redoutable dans le rôle de John.

Déjà parfaitement glaçant dans un rôle de profiler précieux dans une autre mini-série britannique (L'imposture sur POLAR+), cet acteur aurait lui aussi mérité de remporter un prix au festival. La disparition de John Darwin n'a pas été snobée non plus par le jury, puisqu'elle a reçu le prix de la meilleure série adaptée d'une œuvre littéraire – le festival est tout entier consacré à ces adaptations.

Une récompense tout à fait méritée pour cette mini-série qui rivalise avec la récente Landscapers (CANAL+), une autre création britannique basée elle aussi sur l'histoire vraie invraisemblable d'un couple tordu, joué par Olivia Colman et David Thewlis. Dans un cas comme dans l'autre, on en redemande, messieurs les Anglais.

La disparition de John Darwin épisodes 1 à 4, diffusés à partir du 23 janvier sur POLAR+, disponible avec CANAL+.