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Le Bureau des légendes : rencontre avec Pauline Blistène, auteure du podcast Espion, une vie sous légende

Spécialisée dans la fiction d’espionnage, Pauline Blistène, docteure en philosophie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheuse postdoctorante au sein du projet européen DEMOSERIES, signe le podcast Espion, une vie sous légende (à écouter dès maintenant), consacré au Bureau des légendes. Nous lui avons posé quelques questions, alors que les premiers épisodes de la saison 5 sont disponibles sur CANAL+.

Qu’est-ce qui vous a poussée, en tant que chercheuse, à vous intéresser à l’espionnage dans la fiction ?

Depuis toute petite, j’adore la fiction d’espionnage. Ensuite, pendant mes études, je me suis spécialisée dans les questions de sécurité internationale, avec un intérêt prononcé pour le secret d’État et le renseignement.

Mais l’élément déclencheur a été le film Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, sorti en France en janvier 2013. J’ai constaté que les spectateurs prenaient ce film comme un documentaire.

Je me suis alors dit qu’il y avait quelque chose à faire à propos de l’impact de la fiction d’espionnage sur les opinions. Car la plupart des informations que l’on pense avoir sur le renseignement, proviennent de la fiction…

Dans l’imaginaire collectif français, l’espion n’avait pas forcément bonne presse. Cette vision provient-elle de notre fiction, par exemple des romans de gare si populaires au XXe siècle ?

Bien sûr, même s’il ne faut pas à mon sens faire porter l’entière responsabilité de cette mauvaise image à la fiction. Il y a eu quelques ratés sur la scène internationale, à l’image de l’affaire du Rainbow Warrior, en 1985.

Mais il est vrai que la fiction française montre souvent des espions qui sont des guignols, ou des barbouzes. Contrairement au Royaume-Uni où, depuis le début, la fiction réaliste de John le Carré ou Len Deighton ennoblit l’espion.

C’est pourquoi Le Bureau des légendes est si important dans le paysage médiatique et politique. La série est devenue un point de compréhension du renseignement français, précisément parce qu’elle a modifié en profondeur la perception de la DGSE et du renseignement.

Proposer cette nouvelle vision du renseignement, c’est une petite révolution ?

Oui. La véritable révolution a été de montrer des gens au travail, faisant simplement leur métier, sans être habités par des vices, contrairement aux personnages à la OSS 117.

En 2015, Le Bureau des légendes arrive et propose une image de fonctionnaires qui connaissent bien leurs dossiers, ont une vraie curiosité, une connaissance et une ouverture sur le monde. Éric Rochant a rendu hommage au sérieux de ces fonctionnaires.

Le renseignement est source de bien des fantasmes. Le Bureau des légendes livre-t-il un point de vue dépassionné sur le sujet ?

Oui, Le Bureau des légendes propose une certaine image du renseignement humain, loin des représentations habituelles de super-agents indestructibles. La série nous montre la vie d’une administration, avec ses scènes de cantine… En même temps, il y a toujours des rappels pour nous montrer qu’il ne s’agit pas d’une administration comme les autres. Des noms de code, des discussions d’opérations spéciales, se glissent au milieu de cette banalité du renseignement. Qui, en fait, n’est pas du tout banale.

C’est aussi l’idée du titre du podcast « Espion, une vie sous légende », qui mêle interviews d’acteurs de la série et d’experts sur le renseignement. Tous les espions ne sont pas sont « sous légende » de la même manière que tous les officiers de renseignement ne sont pas « clandestins ». Mais l’on a voulu rappeler que le métier d’espion est toujours précédé par des fantasmes, qu’il a quelque chose de mythique, de légendaire…

SUR QUELLE PLATEFORME ÉCOUTER LE PODCAST ? :

🎧 ITUNES : can.al/apple/espion-une-vie-sous-legende
🎧 GOOGLE : can.al/google/espion-une-vie-sous-legende
🎧 SPOTIFY : can.al/spotifiy/espion-une-vie-sous-legende
🎧 myCANAL : can.al/mycanal/espion-une-vie-sous-legende