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Pourquoi Newport Beach est LE teen drama culte des années 2000

Posté par Alexis Lebrun le 6 août 2021
Lancée au cœur de l’été 2003, The O.C. (en VO) a été l’un des phénomènes de la pop culture de la décennie précédente, et un vrai marqueur générationnel pour tous les ados qui ont grandi devant les aventures de Ryan et Seth. Si ce n’est pas votre cas, Newport Beach reste quoi qu’il en soit un plaisir addictif qu’il faut savourer sans se sentir coupable. Car dix-huit ans après ses débuts, il faut encore répéter qu’il s’agit d’une bien meilleure série qu’on ne le disait souvent à l’époque. Et voici pourquoi.
« Welcome to The OC, bitch »

C’est par cette phrase devenue célèbre que Luke (Chris Carmack), un jeune pourri gâté et arrogant accueille le héros de la série Newport Beach dans le premier épisode, non sans l’avoir préalablement roué de coups. Ce héros, c’est Ryan Atwood (Benjamin McKenzie), un beau gosse qui a lui grandi dans la pauvreté de Chino, avec un père absent, une mère alcoolo et toxico, et un frère qui l’incitait à le suivre dans ses larcins, mais qui a fini en prison. Livré à lui-même, Ryan est accueilli par la famille de son avocat (les Cohen), qui vit comme Luke à Orange County (The O.C.), un comté de Los Angeles qui réunit des familles aussi riches que conservatrices, et où prend place la série.

Newport Beach, c’est donc d’abord – mais pas seulement – une histoire de lutte des classes, et une critique sociale de la bourgeoisie blanche américaine qui vit en vase clos dans un univers aseptisé, où le regard des autres est tout ce qui compte : les femmes sont les trophées d’hommes dont la seule préoccupation est d’avoir une bagnole plus chère que celle du voisin. Il ne faut donc pas se fier aux apparences : derrière ses corps parfaits, ses plages ensoleillées bordées de palmiers, ses paillettes et ses fêtes décadentes, le Orange County montré par la série n’a jamais été pensé pour nous faire rêver. Et ce « Welcome to The O.C. » est en réalité un message de bienvenue en enfer. Ou presque, car derrière les tribulations adolescentes qui constituent son ADN soap, Newport Beach a souvent subverti les codes du genre.

Gare aux clichés

Au début de la série, les personnages semblent bien définis, et ils entrent tous à peu près dans les cases du teen drama moyen. Mais très rapidement, Newport Beach se distingue en s’écartant de certains clichés. Par exemple, Summer (Rachel Bilson) a tout de la pimbêche superficielle et égoïste lorsque l’on fait sa connaissance, mais son personnage évolue peu à peu de façon assez improbable pour prouver que cette première impression était trompeuse. Dans Newport Beach, tout le monde ou presque a le droit de changer en mieux, même la détestable mère de Marissa, Julie Cooper (Melinda Clarke). De même, Ryan fait d’abord penser à une sorte de héros viril qui a intégré la violence de son quotidien défavorisé, alors qu’il cherche en réalité à s’extirper par tous les moyens de ce modèle de masculinité toxique.

Chez les parents, Newport Beach a innové aussi, puisque Sandy Cohen (Peter Gallagher) n’est pas seulement le personnage le plus cool de la série et celui que tous les fans rêveraient d’avoir dans leur famille, c’est aussi un commis d’office gagne-petit, qui vit à Orange County seulement parce que sa femme Kirsten (Kelly Rowan) est beaucoup mieux payée que lui. Ça n’a l’air de rien aujourd’hui, mais souvenez-vous : tout cela date de 2004, et nous sommes à Orange County, où une telle situation de couple est impensable. Cerise sur le gâteau, la série a mis en scène une certaine idée de la sororité, en montrant très souvent des femmes s’entraider dans des situations où la facilité aurait consisté à les faire s’entretuer. Mais il y a encore mieux.

Gloire à Seth Cohen

Les geeks peuvent lui dire merci. Car quand Newport Beach débarque en 2004, ils sont loin d’être des figures dominantes de la pop culture comme c’est le cas aujourd’hui. Bien au contraire : à l’époque, les personnages de geeks sont presque toujours au second plan, et sujets à des blagues et moqueries incroyablement stéréotypées. Mais un personnage de la série de Josh Schwartz a tout changé : le merveilleux Seth Cohen (Adam Brody), qui a certainement fait fondre au moins autant de cœurs que le torse musclé de son frère adoptif, Ryan Atwood. Solitaire, peu sûr de lui, secrètement amoureux de la belle Summer depuis son enfance et doté d’un sens de l’humour brillant, c’est un ado qui méprise Orange County, et les ados du quartier le lui rendent d’ailleurs bien.

Mais le fait qu’il parvienne à ses fins dans la série grâce notamment à sa répartie, son intelligence et son érudition ont contribué à changer l’image des geeks auprès du grand public, en rappelant une évidence : la finesse d’esprit et la sensibilité voire la maladresse sont au moins si ce n’est plus séduisantes que la confiance en soi et la gonflette. Et la façon dont Seth se comporte dans sa relation remet aussi en cause beaucoup de rôles traditionnellement genrés du couple, ce qui fait un bien fou. Bref, Seth Cohen reste l’un des meilleurs geeks de l’histoire des séries, et ce ne sont pas les successeurs à qui il a ouvert la porte (coucou Sheldon Cooper) qui risquent de lui ravir ce titre. Notamment parce que Seth n’est pas qu’un geek qui a rendu cool les comics, c’est aussi un mélomane averti. Ce qui nous amène à…

« California, here we come »

Au-delà de ce générique mémorable chanté par Phantom Planet, comment terminer sans évoquer la bande-originale de Newport Beach, clairement l’une des meilleures jamais assemblées sur le petit écran ? Si la série reste aussi populaire aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle a ouvert les horizons musicaux de ses fans, dont beaucoup attendaient frénétiquement la sortie CD de chaque compilation des morceaux de rock et d’indie-pop qui réhaussaient les scènes marquantes de Newport Beach. Dès le premier épisode, le ton était d’ailleurs donné quand Ryan venait en aide à Marissa au son des notes délicieuses de Mazzy Star.

On ne compte plus les titres et les artistes découverts par le grand public grâce à la série, et certains sont carrément entrés au panthéon de la culture populaire, comme Hide and Seek d’Imogen Heap, utilisé dans une scène qui – honneur suprême – sera parodiée par le Saturday Night Live. En suivant la tradition d’une autre série culte des années 2000 (Buffy the Vampire Slayer, Disney+), Newport Beach a aussi invité de nombreux artistes à apparaître dans la série pour y jouer leurs morceaux, et la carrière de certains a évidemment pris son envol après la diffusion des épisodes en question.

On pourrait enfin ajouter qu’une floppée de noms devenus depuis des stars (Nikki Reed, Chris Pratt, Olivia Wilde, Shailene Woodley...) ont joué des rôles plus ou moins importants dans Newport Beach, que la série est pleine d’humour méta, et qu’elle aborde assez intelligemment bon nombre de sujets plus que jamais d’actualité, mais vous avez sans doute déjà compris pourquoi elle compte encore tant de fans. Et vous pourriez les rejoindre plus vite que vous ne le pensez.

Newport Beach saisons 1 à 4, disponibles sur CANAL+.