Watch Me : le cauchemar des victimes de viol au cœur de la saison 2 de Delete Me
Après une première saison marquante centrée sur les ravages du revenge porn et du harcèlement, la série norvégienne de Marie Kristiansen revient avec six nouveaux épisodes qui mettent en scène une victime de viol dont la parole est remise en cause. Toute ressemblance de Delete Me : Watch Me avec l'actualité n'est probablement pas fortuite…
Une saison entre sugar dating et catfishing
La jeune Sanna ressemble à beaucoup de membres de sa génération. Elle essaye de percer sur YouTube en tant qu'influenceuse, avec des vidéos de maquillage en l'occurrence. Mais pour gagner de l'argent facilement et rapidement, rien ne vaut une plateforme érotique comme HornyFans (équivalent fictif d'OnlyFans), où elle accumule facilement des milliers de couronnes norvégiennes en échange de quelques photos ou vidéos dénudées.
Le concept est addictif : dès qu'elle a besoin d'un peu de cash pour assouvir ses goûts de luxe, Sanna n'a qu'à alimenter le voyeurisme de ses admirateurs, prêts à lâcher de grosses sommes pour en voir toujours plus. Et quand Sanna se lasse de cette routine certes bien particulière, elle s'essaye au sugar dating en passant des soirées à tenir compagnie à des hommes friqués en échange de beaucoup d'argent.
Ses intentions sont claires : elle ne couche pas avec ses clients. Mais l'un d'entre eux n'a que faire de cette règle, et Sanna est violée et violentée par un homme puissant qui nie évidemment les faits. On n'en dit pas plus, mais l'intrigue de cette deuxième saison s'intéresse aussi au catfishing – se faire passer pour quelqu'un d'autre sur Internet –, une idée foireuse soufflée à Sanna par Lucas, son petit-ami artiste peintre, qui voudrait bien qu'elle arrête d'envoyer de commercialiser des photos de son corps.
Enfin, on note le retour de la hackeuse féministe Fanny (Happy Jankell), déjà présente en tant que justicière dans la première saison, et qui joue un rôle encore trouble dans ces nouveaux épisodes.

Une illustration de la culture du viol
Il faut dire que Watch Me conserve l'ADN de la saison 1 de Delete Me : l'intrigue est racontée à l'envers en commençant par la conclusion des faits (récit in ultima res). Chaque épisode permet donc de remonter le fil des événements pour comprendre comment Sanna a été piégée dans cet engrenage infernal, à la manière de Marion et Marit, les deux héroïnes de la première saison, dont l'amitié se disloquait sous nos yeux.
À l'époque, la série mettait en évidence les conséquences ravageuses du revenge porn et du harcèlement sur les adolescents, en commençant donc par une conclusion tragique. Mais elle évoquait aussi en filigrane la problématique du slut-shaming, que l'on retrouve dans cette saison. Cette fois, l'héroïne est une victime de viol dont la parole est largement remise en doute, parce que la société ne fait aucune confiance à quelqu'un qui vend ses charmes sur HornyFans.
Les personnages préfèrent se dire qu'au fond, "elle l'a bien cherché". On l'accuse d'avoir maquillé son œil au beurre noir, car après tout, le maquillage est sa spécialité. Comme la saison dernière aussi, il faut donc avoir le cœur bien accroché pour encaisser ces six nouveaux épisodes particulièrement difficiles de Delete Me, volontairement sombres, oppressants et toujours marqués par une réalisation très stylisée qui emprunte à Euphoria (OCS).
Mais avec sa thématique, cette deuxième saison évoque aussi une pépite britannique récente, la série Mood (CANAL+) de Nicôle Lecky, qui portait elle aussi un regard intéressant sur le succès actuel d'OnlyFans et ce qu'il implique pour les femmes qui l'utilisent.

Delete Me : Watch Me, diffusée à partir du 4 juin sur CANAL+ Séries.
La saison 1 est disponible en intégralité sur myCANAL.



