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De Belle Épine à la série les Sauvages, qui est Rebecca Zlotowski, cinéaste surdouée ?

La réalisatrice de la Création Originale Les Sauvages, disponible sur CANAL+, est connue pour son style pop et romanesque.

Rebecca Zlotowski ne fait rien comme tout le monde. Élève brillante, agrégée en lettres modernes, normalienne, la réalisatrice et scénariste fait, à 30 ans, une entrée fracassante dans le monde du cinéma avec un premier film très remarqué, Belle Épine, en 2010.

Ce projet de fin d’études de la FEMIS, sélectionné pour la Semaine de la critique, multi-primé et ultra maîtrisé, met en scène l’histoire de Prudence (qui n’en a que le prénom), lycéenne livrée à elle-même, dans les circuits sauvages de moto de Rungis, avec une Léa Seydoux au meilleur dans ce grand rôle.

Soit la chronique, vive et subtile, d’une adolescence à vif. « L’avenir du cinéma français est entre de bonnes mains », écrit alors L’Express.

Cela se confirme dès son deuxième long métrage, Grand Central, dans lequel Rebecca Zlotowski retrouve Léa Seydoux, trois ans plus tard, parfaite en garçonne aux cheveux courts. Un film irradié dans lequel Gary (Tahar Rahim), qui travaille dans une centrale près des réacteurs, tombe amoureux d’elle…

Ne laissant évidemment rien au hasard, la réalisatrice confie de nouveau le soin au compositeur Rob d’imaginer la bande originale de son film aux images léchées, accompagnant les turbulences de la centrale comme celles de cette histoire d’amour contrariée.

Entre sentiments exaltés et réalisme social cru, le film, urgent et sous tension, porté par des acteurs incandescents, impressionne.

Son troisième, Planétarium, une ode au cinéma avec Natalie Portman et Lily-Rose Depp en médiums américaines à Paris à la fin des années 1930, l’emmène à l’international.

Son sens puissant de l’image, la sensualité dévorante de son cinéma, pop et romanesque, font encore mouche. Comme son film suivant, Une fille facile, qui étonne son monde en 2019, avec un rôle taillé sur mesure pour Zahia Dehar et un mélange détonnant de lutte des classes, d’apprentissage et de références aux sixties de Bardot.

En forçant les spectateurs à réviser leurs a priori, la réalisatrice fait un geste politique fort. « Cette fille désignée comme une fille facile, incarnée ici par Zahia, est à mes yeux plutôt une fille puissante », a-t-elle expliqué à Mixte Paris.

La même année, elle signe sa première série, la Création Originale Les Sauvages, adaptée de l’œuvre de Sabri Louatah, qui voit l’élection surprise d’un président de la République issu de l’immigration. Encore une thématique forte dont a su s’emparer la cinéaste, apportant son regard et son esthétique singuliers.

« La série permettait de s’interroger sur ce qui brûle aujourd’hui pour moi : le chaudron politique français – dont la crise des gilets jaunes pendant le tournage nous offrait un contrepoint passionnant –, le point aveugle de la décolonisation algérienne – Chaouch s’appelle ainsi en allusion directe aux Chaouch de l’état colonial, sorte de "réparation" qu’opère la série –, la représentation enfin des minorités à l’écran. »

Engagée, et pas seulement à travers ses films, Rebecca Zlotowski, membre très active du Collectif 50/50, milite pour l’égalité, la parité et la diversité dans le cinéma et fait ainsi bouger les lignes. Son souhait ? Que le collectif « soit caduc dans dix ans », comme elle l’expliquait à Madame Figaro. On a en tout cas hâte de découvrir la suite.

Les Sauvages, Création Originale, disponible sur CANAL+.