Gaslit : grâce à Julia Roberts et Sean Penn, voilà LA grande série sur le Watergate

Posté par Alexis Lebrun le 26 avril 2022
Tournée avec les moyens d’un film d’époque hollywoodien, cette nouvelle production STARZPLAY bénéficie aussi d’une distribution de tout premier plan. Un Sean Penn méconnaissable et une Julia Roberts au sommet de son art y incarnent avec brio un couple en plein délitement, et permettent à Gaslit de faire mieux que rivaliser avec la plupart des films sur l’affaire du Watergate.
Une histoire méconnue

On « fête » cette année le cinquantième anniversaire du scandale du Watergate, mais aujourd’hui, cette affaire retentissante à l’origine de la démission du président américain Richard Nixon en 1974 reste relativement obscure pour une bonne partie du grand public. Le pari de Gaslit est de la raconter pour la première fois du point de vue des protagonistes de l’ombre, que personne ne connaît en France. Et c’est une grande idée, car ces seconds couteaux sont taillés pour la fiction. Pour comprendre pourquoi, il faut rappeler que l’opération du Watergate visait grosso modo à espionner le Parti démocrate en 1972, année de réélection cruciale pour Nixon. Et si cette mission est entrée dans l’histoire, c’est parce qu’elle a complètement échoué : les hommes chargés de l’exécuter pour la Maison-Blanche étaient d’énormes boulets, et ils ont été arrêtés en plein cambriolage au siège du Parti démocrate à Washington.

La suite, à savoir l’enquête cruciale de deux journalistes du Washington Post, a déjà été racontée dans un film culte, Les Hommes du président (Alan J. Pakula, 1976), avec l’inoubliable duo Dustin Hoffman-Robert Redford en tête d'affiche. Mais derrière les héros connus, qui sont les « plombiers », cette équipe d’incapables mise sur pied par la Maison-Blanche pour cette mission on ne peut plus délicate ? Gaslit brosse par exemple un portrait désopilant de Gordon Liddy, un ancien du FBI bien siphonné, qui se retrouve à la tête des opérations on ne sait comment. Le personnage est joué par un Shea Whigham complètement survolté et affublé d’un look improbable, ce qui crée des situations absurdes dignes des frères Coen.

La réhabilitation de Martha Mitchell

Mais la dimension comique ne représente qu’une partie de cette série, dont le sujet central est éminemment sérieux. Gaslit ne s’en cache pas, elle veut changer la perception du public sur sa protagoniste principale, perçue comme une figure controversée aux États-Unis. Cette femme, c’est Martha Mitchell (Julia Roberts), l’épouse de John N. Mitchell (Sean Penn), procureur général de Richard Nixon. Mondaine et légèrement alcoolique, Martha Mitchell est aussi une grande gueule qui n'est pas du genre à se taire face aux injustices, notamment dans les nombreuses interviews qu’elle donne avec un plaisir non dissimulé. Mais quand on partage sa vie avec une personnalité si importante de l’administration Nixon, cela crée forcément des remous. Alors imaginez ce qui est arrivé à la pauvre Martha quand elle a pris connaissance de l’affaire du Watergate, et qu’elle a décidé de jouer le rôle de lanceuse d’alerte pour balancer le scandale publiquement.

Tout cela se passe dans les années 1970, et la série montre, entre autres, comment Martha Mitchell a été considérée à tort comme une hystérique par le personnel médical, au point de donner son nom à un type d’erreur médicale en santé mentale : « l’effet Martha Mitchell ». Ce rôle « bigger than life » de femme dont le mariage implose est joué avec une justesse exceptionnelle par Julia Roberts, de retour sur nos écrans après quatre longues années d’absence. Après sa première expérience très réussie dans une série en 2018 (Homecoming), l’actrice star se place d’ores et déjà comme l’une des grandes favorites pour les Emmy Awards. Sa performance dans Gaslit est d'ailleurs tellement dingue qu’elle éclipserait presque celle d’un Sean Penn recouvert d’une couche impressionnante de maquillage, mais lui aussi très convaincant dans le rôle du mari tiraillé entre sa femme et sa fidélité à Nixon.

Une série emblématique de la « Prestige TV »

Et le reste du casting n’est pas en reste : outre l’inévitable Shea Whigham, Gaslit fait de la place à l’excellent Dan Stevens, connu pour son rôle dans Downton Abbey (Netflix) et surtout pour avoir incarné le héros du chef-d’œuvre Legion (Disney+). Il joue ici le jeune conseiller juridique de Nixon, John Dean, impliqué dans l’affaire du Watergate et engagé dans une relation naissante avec une femme jouée par Betty Gilpin, qui jouait Carrie Roman dans Nurse Jackie (CANAL+) et Debbie Eagan dans GLOW (Netflix). Mentionnons aussi la géniale Allison Tolman (Fargo, Good Girls), la jeune Darby Camp (Big Little Lies), ou encore Chris Bauer (The Deuce, The Wire, True Blood), Chris Messina (Sharp Objects, The Newsroom, Six Feet Under), et même l’homme à tout faire Patton Oswalt.

Au scénario, on retrouve un certain Robbie Pickering, à l’œuvre sur la déjà culte Mr. Robot (Netflix), qui adapte ici Slow Burn, un podcast à succès du site Slate américain, signé Leon Neyfakh. Une tendance de fond des séries : The Dropout (Disney+) a par exemple récemment opté (avec succès) pour le même principe. Mais Gaslit se distingue plus largement par la grande qualité de sa reconstitution des années 1970, qui rappelle comme son casting ou son réalisateur – Matt Ross, primé à Cannes en 2016 pour Captain Fantastic – que nous sommes ici en présence d’une série emblématique de la « Prestige TV ».

 

Gaslit épisodes 1 à 8, à partir du 24 avril sur STARZPLAY, disponible avec CANAL+.