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On The Verge : comment Julie Delpy moque (gentiment) l’Amérique d’aujourd’hui

Posté par Alexis Lebrun le 3 octobre 2021
Comme les quatre héroïnes de sa série, l’actrice, scénariste et réalisatrice française vit depuis longtemps à Los Angeles. Une situation d’expatriée mise à profit pour porter un regard mordant et parfois tendre sur les travers de la société américaine actuelle.
Des enfants transformés en stars de YouTube

Le phénomène désormais bien connu en France des « family vlogs » est originaire des Etats-Unis, et l’une des héroïnes de la série passe justement une grande partie de la saison à tenter de faire de ses rejetons agités des stars monétisables sur YouTube. Cette femme, c’est Ella, une mère célibataire qui a eu trois enfants avec trois pères différents, et qui élève cette fratrie seule, ce qui est logiquement compliqué à gérer sur le plan financier.

Après avoir enchaîné les plans foireux pour tenter de renflouer son compte en banque, Ella pense avoir trouvé la solution idéale à tous ses problèmes : pourquoi ne pas exploiter les embrouilles quotidiennes de ses enfants en les montrant au monde entier ? Il faut absolument voir les scènes très gênantes où elle débarque avec son jeune fils dans des castings pour enfants…

Des références subtiles aux années Trump

Il était difficile pour Julie Delpy de complètement occulter les quatre années pour le moins tumultueuses du mandat de Donald Trump : On The Verge étant une série ancrée dans une réalité pré-Covid – elle a été écrite avant la pandémie mais tournée pendant –, ellle fait quelques allusions au choc provoqué par l’élection du 45ème président américain. Un choc d’autant plus grand à Los Angeles parmi les personnages forcément très démocrates de la série, qui sont à l’image de l’Etat de Californie.

Le simple fait pour Julie Delpy de montrer comment la société américaine perçoit parfois négativement ces femmes qui ont entre 40 et 50 ans est aussi une façon de faire écho à la façon dont Donald Trump a très souvent parlé du sexe opposé voire de son adversaire malheureuse en 2016, Hillary Clinton. Mais cette dimension politique n’est jamais lourde : elle se met au service du comique, comme dans un appel visio surréaliste entre le personnage joué par Julie Delpy et son père dans la série (qui l'est aussi dans la vraie vie !), le toujours hilarant Albert Delpy, qui évoque le président américain avec son point de vue bien français.

Des inégalités importantes

C’est évidemment l’une des composantes essentielles de la série : si on excepte le personnage fauché d’Ella, toutes les héroïnes vivent très confortablement dans des maisons de rêve à Los Angeles, notamment dans le quartier enchanteur de Venice Beach, avec sa plage de rêve et ses petits canaux déjà au cœur d’une série masculine totalement opposée : Californication. Mais derrière ce vernis qui fait rêver les touristes du monde entier se cache une autre réalité bien connue : Venice abrite une quantité impressionnante de sans-abris complètement livrés à eux-mêmes.

On en retrouve à plusieurs reprises dans On The Verge, et leur présence permet bien sûr de relativiser les problèmes de riche des héroïnes. Et même si la question des SDF à Los Angeles est évidemment grave, Julie Delpy parvient à le traiter d’une manière décalée, en montrant comment ces populations que tout oppose sont d'une certaine manière habituées à cohabiter.

Des armes en débat

On le sait, le port d’armes est garanti par le deuxième amendement de la constitution américaine, et le pays est très régulièrement endeuillée par des tueries de masse. On comprend donc pourquoi les personnages n’échappent pas à ce qui est un sujet de préoccupation et de débat récurrent dans le pays. Julie Delpy a fait le choix d’aborder ce thème via les enfants des héroïnes : Albert, le fils très éveillé de Justine, est un fan des Beatles marqué par l’assassinat de John Lennon, et sa mère est terrorisée à l’idée qu’un drame digne de Sandy Hook survienne dans son école.

Mère surprotectrice, Yasmin refuse elle que son fils fasse du paintball pour son anniversaire, afin de ne pas le mettre en contact avec la culture des armes. Quant au fils d’Anne qui s’interroge sur son identité sexuelle, il se désintéresse complètement de cette activité et des codes très masculins qu’elle véhicule. Sur ce sujet comme sur l’effondrement écologique ou la question du genre, par exemple, les enfants d’On The Verge sont souvent en avance sur leurs parents.

On The Verge épisodes 1 à 12, disponible sur CANAL+.