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The Offer : la série Paramount+ sur la folle création du Parrain de Francis Ford Coppola

Décidément indémodable, le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola dont on fête le cinquantième anniversaire cette année a eu droit à un petit cadeau de la part de son studio, Paramount, qui a décidé de consacrer une série à la production rocambolesque du film. Avec sa reconstitution flamboyante d’une époque fantasmée et son casting de haut vol, The Offer est aussi convaincante qu’une offre de Don Corleone.

Un film qui a bien failli ne pas voir le jour

Si Francis Ford Coppola fascine autant, ce n’est pas seulement pour la qualité de ses films, mais aussi pour leur fabrication souvent très mouvementée. Le tournage cauchemardesque d’Apocalypse Now (1979) fait partie de la légende hollywoodienne, tout comme le crash financier de Coup de cœur (1982). Mais cette habitude plus ou moins involontaire de se retrouver dans des productions rock’n’roll avait commencé bien avant, puisque les coulisses du Parrain (1972) constituent également une histoire un peu folle.

On comprend donc pourquoi la Paramount a décidé d’en faire une série centrée sur le producteur du film, Albert S. Ruddy, qui a largement contribué au scénario de The Offer grâce à ses souvenirs. À l’époque, ce garçon était un jeune loup rêvant de percer à Hollywood, et il s’est retrouvé avec la lourde tâche de faire adapter au cinéma le best-seller de Mario Puzo, Le Parrain (1969).

Une responsabilité d’autant plus grande que la Paramount est alors en difficulté et doit prendre des risques face à la révolution créative déclenchée par les réalisateurs du Nouvel Hollywood, dont Francis Ford Coppola est un représentant éminent. The Offer raconte donc la genèse complexe d’un film qui a bien failli ne jamais voir le jour, entre les problèmes de budget et de casting, les exigences artistiques de Coppola, et surtout les menaces de la mafia italienne, connue pour avoir tenté de tuer Le Parrain par l’intimidation. Des menaces bien réelles exercées notamment sur Ruddy, comme on le voit dans la série.

Une époque disparue et fantasmée

Mais au-delà du destin du film lui-même, The Offer captive surtout par sa reconstitution des débuts glorieux du Nouvel Hollywood, ce mouvement qui a donné un grand coup de pied dans la fourmilière des studios à partir de la fin des années 1960. Avec ses dix longs épisodes, la série multiplie les références cinéphiles tout en nous permettant de croiser des dizaines de personnalités marquantes de cette époque, et il n’est pas déplaisant de suivre ces personnages souvent hauts en couleur dans les gigantesques studios de la Paramount à Hollywood.

C’est d’ailleurs le cas du principal d’entre eux, le producteur aussi légendaire que fantasque Robert Evans, décisif dans la naissance du Parrain et joué avec toute la gouaille nécessaire par l’irrésistible Matthew Goode (The Good Wife, The Crown). Les décors et les costumes d’époque rappellent qu’il s’agit d’une production coûteuse, mais il y a du fond derrière cette jolie vitrine. The Offer semble rendre hommage à une époque révolue et fantasmée car on n’y faisait pas du tout les films comme aujourd’hui. Le rythme assez frénétique de la série fait d’ailleurs un peu écho au bouillonnement créatif de ces années.

Un fin connaisseur d’Hollywood aux manettes

Logique, quand on sait que pour donner vie à cette histoire, c’est Michael Tolkin qui a été choisi : déjà auteur de l’excellente série Escape at Dannemora (Paramount+), il est surtout le scénariste responsable d’un film culte sur Hollywood, The Player (Robert Altman, 1992). Et si les deux premiers épisodes ont été réalisés par un autre habitué d’Hollywood, à savoir le Dexter Fletcher de Bohemian Rhapsody (2018) et Rocketman (2019), c’est surtout le casting qui porte la série.

Outre la présence déjà évoquée de Matthew Goode, il faut bien sûr rendre hommage à Miles Teller (Top Gun : Maverick), convaincant dans le premier rôle, mais aussi à Juno Temple, qui fait des merveilles dans la peau du seul personnage féminin d'envergure de la série, Bettye McCartt, l’assistante ô combien importante d’Albert S. Ruddy, et une héroïne oubliée à qui la série rend aussi un hommage appuyé.

La participation de Juno Temple fait d’ailleurs le lien avec une autre série dans laquelle elle jouait, et qui s’intéressait, elle, au milieu de la musique dans les années 1970, Vinyl (OCS). On note aussi la présence de l’inévitable Colin Hanks (Dexter, Fargo, American Crime Story), de Giovanni Ribisi (On The Verge) qui en fait des caisses dans la peau du mafieux Joe Colombo, de Dan Fogler (Les Animaux fantastiques) qui campe Coppola, et de la Française Nora Arnezeder (Army of the Dead) dans le rôle de Françoise Glazer, la compagne de Ruddy à l’époque. Et encore, on ne parle pas de toutes celles et ceux qui incarnent les stars du film, car ce n’est pas le plus important. L’essentiel est que The Offer donne envie de (re)voir une énième fois la trilogie du Parrain, et comme tout le monde le sait, c’est un programme qui ne se refuse pas.

The Offer épisodes 1 à 10 sur Paramount+, disponible avec CANAL+.