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The First Lady (Paramount+) : trois grandes actrices pour trois grandes Premières dames

Intégralement mise en scène par la réalisatrice oscarisée Susanne Bier et portée par un casting hollywoodien, cette série historique a tout de la grosse production qui en impose. Mais cet emballage prestigieux ne doit pas faire oublier que The First Lady propose avant tout une lecture féministe du rôle de Première dame aux États-Unis.

Un costume difficile à porter

Depuis la série The West Wing, on sait que l’aile Ouest de la Maison-Blanche est celle du président américain, mais on sait moins que les bureaux de l’aile Est sont réservés à la Première dame. Cette différence résume à quel point le travail de l’ombre de la « First Lady » peut être ingrat. Ce titre n’étant pas codifié officiellement, chaque Première dame doit trouver sa place à la Maison-Blanche sans avoir été élue, ce qui n'est pas une gageure.

Mais depuis Eleanor Roosevelt, cette fonction a pris une ampleur nouvelle, et beaucoup de Premières dames ont joué un rôle important et laissé une trace indélébile dans l’Histoire des États-Unis. Et ce n’est pas un hasard si les trois qui sont représentées dans la série sont Eleanor Roosevelt, Betty Ford et Michelle Obama. À des époques très différentes, elles ont toutes marqué la fonction et font partie aujourd’hui des femmes les plus admirées de l’Histoire du pays.

Pour représenter ces différentes incarnations marquantes du rôle de Première dame, The First Lady fait donc le pari audacieux de se découper en trois, avec un montage complexe qui passe constamment d’une époque à une autre pour tracer des parallèles entre les trois femmes.

Une triple dose d’Histoire américaine

La chronologie est rendue encore plus complexe par le fait que la série s’autorise de nombreux flashbacks pour raconter la vie des personnages avant leur accession au pouvoir. L’occasion par exemple de rappeler que Michelle Obama menait déjà une brillante carrière avant la présidence de Barack Obama (2008-2016), dont elle a soutenu les ambitions politiques malgré les répercussions pour sa famille et leurs enfants – la série montre de façon glaçante les menaces racistes qui pèsent sur eux.

Beaucoup moins connue en France, Betty Ford est pourtant peut-être la plus fascinante des trois, malgré la brièveté de son mandat (1974-1977). Femme d’un président républicain (Gérald Ford) arrivé à la Maison-Blanche par accident après le scandale du Watergate, cette ancienne danseuse a fait de sa lutte contre ses addictions un engagement politique, mais elle se distingue aussi par son franc-parler, ses opinions progressistes et sa grande indépendance, alors que les « faucons » comme Dick Cheney et Donald Rumsfeld voudraient la mettre au pas.

Enfin et comme on l’a évoqué plus haut, Eleanor Roosevelt est évidemment une pionnière de la fonction. La série met en évidence le rôle crucial qu’elle a toujours joué auprès de Franklin D. Roosevelt, notamment lorsqu’il devient handicapé par une grave maladie à partir de 1921. Cela ne l’empêchera pas d’accéder à la fonction suprême et de s’y maintenir avec une longévité exceptionnelle (1933-1945), avec l’aide essentielle d’Eleanor. Très impliquée dans tous les aspects de la politique et très en avance sur les valeurs de son temps, elle a tout simplement révolutionné la fonction.

Un casting étoilé

À travers ces trois portraits, on comprend bien que The First Lady entend mettre la lumière sur trois héroïnes féministes modernes ayant bataillé face à la misogynie – et au racisme dans le cas de Michelle Obama. Un point de vue salutaire, tant la place des Premières dames dans l’Histoire des États-Unis est encore peu connue, et leur importance sous-évaluée.

Et pour mettre en valeur les trois qui sont racontées dans la série, The First Lady n’a pas lésiné sur les moyens, en faisant appel à trois sacrées actrices. Bien préparée à ce rôle historique par sa prestation récompensée (aux Emmy Awards) en Margaret Thatcher dans la saison 4 de The Crown (Netflix), Gillian Anderson est une nouvelle fois impressionnante en Eleanor Roosevelt.

Et malgré son CV – quatre nominations aux Oscars pour une victoire avec Fences en 2016 –, Viola Davis (Michelle Obama) se fait voler la vedette par la revenante Michelle Pfeiffer, remarquablement naturelle et crédible en Betty Ford. Le reste du casting est à l’avenant, puisque l’on retrouve ce bon vieux Kiefer Sutherland (24 Heures chrono, Designated Survivor) en Franklin D. Roosevelt, O. T. Fagbenle (The Handmaid’s Tale) en Barack Obama, Aaron Eckhart (The Dark Knight) en Gerald Ford, ou encore Dakota Fanning (L’Aliéniste) en Susan Ford.

Et on ne peut pas conclure sans dire un mot de la réalisatrice, qui a la lourde responsabilité de préserver la cohérence des dix épisodes de cette série fragmentée. Bien aidée par des décors et des costumes de qualité, Susanne Bier rappelle avec The First Lady pourquoi elle est l’une des réalisatrices les plus convoitées du petit écran depuis son travail récompensé sur The Night Manager puis The Undoing (OCS).

The First Lady épisodes 1 à 10 sur Paramount+, disponible avec CANAL+.