MOURIR PEUT ATTENDRE : Daniel Craig fait ses adieux à Bond, et c’est bouleversant

Posté par Alexis Lebrun le 8 avril 2022
Comme quelques autres blockbusters avant lui, le dernier volet des aventures de l’agent 007 s’est fait attendre une éternité à cause de la crise sanitaire. Une énième péripétie pour un film qui a connu un développement quelque peu difficile, mais qui offre à Daniel Craig une sortie à la hauteur de ses quinze années passées dans le rôle de James Bond, tout en parachevant la métamorphose du personnage, initiée par l’acteur dans CASINO ROYALE (Martin Campbell, 2006).
Un parfum de révolution

Entre la sortie de SPECTRE (Sam Mendes, 2015) et la mise en production de MOURIR PEUT ATTENDRE (Cary Joji Fukunaga, 2021), il n’aura échappé à personne que l’industrie du cinéma a été confrontée à quelques bouleversements. Et pour faire vite, on dira que James Bond – héros formidablement anachronique dans les romans de Ian Fleming comme au cinéma – pouvait difficilement faire l’économie d’une réinvention après la déflagration #MeToo. Une évidence qui se heurte à plusieurs réalités : en plus d’être une machine à cash très rentable, James Bond est une véritable institution de la pop culture mondiale, et la moindre évolution risque toujours de déclencher la colère des fans de la saga. Et pourtant, conscient du risque de ringardisation de 007, l’Américain Cary Joji Fukunaga a fait le pari de transformer ce qui fait l’ADN du personnage, un choix controversé dont les secousses se font encore ressentir chez certaines communautés de fans. Dès la fameuse scène pré-générique qui ouvre le film, le ton est donné : au volant de son inévitable Aston Martin DB5, James Bond vit la dolce vita et file le parfait amour aux côtés de Madeleine Swann (Léa Seydoux) sur les pentes magnifiques de Matera en Italie, après avoir remis le patron du SPECTRE Ernst Stavro Blofeld (Christoph Waltz) au MI6 à la fin de SPECTRE.

Mais cette escapade romantique ne peut pas malheureusement pas durer (pour une raison qu’on ne dévoilera pas), et après une séquence d’action ébouriffante impliquant les gadgets de la DB5, l’intrigue fait un bond de cinq ans en avant. On retrouve alors le Bond que l’on a souvent eu l’habitude de voir dans les films avec Daniel Craig : retraité, l’agent 007 vit seul et isolé du reste du monde dans un petit coin de paradis. Là encore, impossible pour lui d’être tranquille et de siroter tranquillement des cocktails sur la plage, car un scientifique ayant travaillé sur un redoutable virus capable de sélectionner ses cibles en fonction de l’ADN a été enlevé par le SPECTRE. Obligé de reprendre du service pour arrêter un méchant bien flippant (joué par Rami Malek) qui veut faire joujou avec ce virus, Bond recroise ce bon vieux Felix Leiter (Jeffrey Wright) et découvre que le matricule 007 est désormais attribué à une agente (jouée par Lashana Lynch). Et si les femmes occupent une place essentielle dans le long-métrage, cela n'a rien d’un hasard, Daniel Craig ayant demandé l’aide de la scénariste féministe surdouée Phoebe Waller-Bridge pour retravailler le scénario et les dialogues du film. Outre le fait que cela entraîne un changement profond dans les relations entre James et les héroïnes qu’il rencontre, c’est aussi ce qui permet à Ana de Armas de voler la vedette à tout le monde en l’espace de seulement quelques minutes pour une séquence d’action mémorable à Cuba.

Le Bond le plus long

MOURIR PEUT ATTENDRE étant le dernier chapitre de la franchise où Daniel Craig incarne James Bond, il fallait non seulement que le film achève son règne en apothéose, mais également boucler la boucle scénaristique entamée en 2006 avec CASINO ROYALE (Martin Campbell). C’est ce qui explique en partie pourquoi il s’agit du long-métrage le plus long de la saga (2h43) : les épisodes de 007 n’ont jamais été aussi liés entre eux que sous le mandat de Daniel Craig. On a déjà évoqué les personnages de SPECTRE qui font leur retour dans MOURIR PEUT ATTENDRE et dont il faut conclure l’arc narratif, mais on peut aussi dire sans spoiler qu’il y a plusieurs grosses références au film de Martin Campbell. Un choix logique, tant le James Bond de Daniel Craig n’a cessé d’être hanté par le final tragique de CASINO ROYALE dans les chapitres suivants. Plus généralement, le long-métrage de Cary Joji Fukunaga enchaîne les clins d’œil au passé plus ou moins récent de la licence, au point de se transformer parfois en modèle de fan service. À ce propos, il n'est pas surprenant non plus si MOURIR PEUT ATTENDRE semble si obsédé par LE film le plus culte de la saga, AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTÉ (Peter Hunt, 1969), à qui il multiplie les références, dont l'usage fort à propos d'un célèbre morceau qui fait couler des torrents de larmes. Car c’est dans cet épisode aussi que 007 (incarné pour la seule et unique fois par George Lazenby) tombe follement amoureux d’une James Bond girl (jouée par Diana Rigg), offrant sans doute la scène de fin la plus inoubliable de toute la franchise.

Il est difficile pour MOURIR PEUT ATTENDRE de rivaliser avec ces deux glorieux ancêtres et l’autre mètre étalon de l’ère Daniel Craig, le SKYFALL de Sam Mendes (2012), d’autant que le film a connu un développement légèrement chaotique : le réalisateur anglais Danny Boyle devait initialement le réaliser, avant de quitter le projet à cause de « différends créatifs », et le scénario est passé en conséquence par d’innombrables versions, au point que Cary Joji Fukunaga lui-même continuait de le modifier au fil du tournage, ce qui n’a pas manqué de compliquer le travail du casting. Cela n’empêche pas le film de constituer un très beau chant du cygne pour le James Bond de Daniel Craig : on y dénombre plusieurs scènes assez bouleversantes, dont une conclusion extrêmement audacieuse pour les standards de la licence, et qui risque de faire parler encore longtemps. Et on se souviendra aussi que MOURIR PEUT ATTENDRE achève avec succès la transformation de 007 entamée dans CASINO ROYALE. Lorsque Daniel Craig a repris le rôle en 2006, James Bond était presque devenu une parodie de lui-même qu’il était difficile de prendre au sérieux. Quinze ans plus tard, il a évité la ringardisation qui le menaçait dangereusement et est devenu une grande figure tragique et romantique. Une révolution que l’on doit bien sûr en grande partie à l’acteur, désormais légitimement considéré comme le meilleur interprète du rôle. Lui succéder ressemble aujourd’hui à une mission impossible.

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